On n'a pas encore pris conscience de la gravité de la situation. L'humanité vit dans l'inconscience de ce qui l'attend, c'est à dire, la fin de l'espèce humaine. L'homme a besoin des plantes et non l'inverse. La terre peut continuer à exister sans l'être humain. Je ne dirai pas comme Yves Paccalet :"L'humanité va disparaître, bon débarras", mais, s'il n'est pas trop tard, il est urgent de réagir, de façon lucide et efficace, en prenant le bon chemin. Quelles solutions nous propose-t-on ? Certains pensent repeindre en vert notre économie de marché tout en espérant que les scientifiques vont trouver la parade au réchauffement climatique, à l'épuisement des ressources, aux pollutions de toutes sortes, à la sécheresse, à la raréfaction de l'eau potable, aux famines qui réapparaissent à l'horizon et aux migrations économiques et climatiques. Ceci me semble une nouvelle croyance, digne des superstitions du moyen âge. Alors que depuis deux siècles d'industrialisation, nous assistons, impuissants, à la destruction de notre terre, nous serions prêts à confier notre avenir à ces nouveaux gourous, ceux-là même qui, en apprentis sorciers, nous ont amenés à ce point de non-retour.

Personnellement, je trouve que c'est folie de continuer sur la voie prise jusqu'à présent : "Une croissance infinie est incompatible avec un monde fini." Nous devons profiter de ce tournant dans l'évolution de nos sociétés pour nous engager dans une autre voie. Transformons le changement climatique, d'abord perçu comme un désastre annoncé, en une aubaine, une magnifique opportunité de promouvoir une nouvelle civilisation, basée sur d'autres valeurs, des valeurs plus humanistes comme la solidarité, le partage, la justice sociale, l'éradication des pauvretés et des inégalités, la sobriété heureuse. Remettons les pendules à l'heure, ne confondons plus but et moyen mais repensons le sens de notre vie. Profitons de la crise écologique pour remettre en question la finalité du système économique, pour repenser le sens du travail et de la production. "Consommer pour vivre et non vivre pour consommer" "Travailler pour vivre et non vivre pour travailler. " Osons, comme l'a fait André Gorz dans un beau texte posthume, annoncer la fin du capitalisme, sans culpabilité et avec une certaine jouissance. Si le communisme s'est effondré de l'intérieur, pourquoi le capitalisme, responsable de tant de maux, n'en ferait-il pas autant ? Notre société est semblable à un train fou qui va se fracasser contre un mur si on n'y prend garde. Nous avons devant nous une magnifique opportunité de changer de direction et de fonder une "politique de civilisation", comme disait Edgar Morin. Certes, les forces réactionnaires freinent des quatre fers pour éviter de perdre les avantages du système : rémunérer en priorité le capital et les actionnaires plutôt que les salaires et l'emploi des travailleurs. Ils ne veulent pas abandonner la religion du profit et de la croissance à tout prix. Pourtant des signes nous annoncent la fin d'un régime qui semble à bout de souffle : le dollar est au plus bas, l'euro surestimé, l'inflation repart de plus belle, le prix du baril de pétrole explose, les États Unis font la guerre pour mettre la main sur les réserves de pétrole, pour mieux les gaspiller ; les famines font leur réapparition dans les pays pauvres, les glaces des pôles fondent plus vite que prévu, la montée des océans, c'est pour demain alors qu'aujourd'hui, l'Espagne pense importer de l'eau par bateau car elle commence à en manquer.

Prenons une autre voie, inventons un nouveau modèle de développement, changeons notre façon de vivre. Cela peut se décliner en quelques propositions qui sont autant de défis à relever. Créons une économie solidaire et équitable qui permette à chacun de vivre dans la dignité en développant une production qui ne cherche pas à faire du profit à tout prix, mais plutôt de répondre aux besoins de chacun. Respectons l'environnement et diminuons notre empreinte écologique. Découplons l'emploi et le revenu en distribuant de façon plus équitable les richesses produites. Relocalisons nos entreprises en rapprochant le consommateur du producteur tout en tablant sur le savoir-faire des artisans. Changeons nos modes de consommation, évitons le gaspillage sous toutes ses formes, celui des ressources de la planète, des aliments, des médicaments…pour permettre à d'autres d'en profiter et laisser aux générations futures un monde encore habitable. Vivons de façon plus sobre, moins luxueuse sans tomber dans l'ascétisme mais en prenant le temps de vivre. "Vivons plus simplement pour que d'autres puissent simplement vivre" disait Gandhi. Inventons de nouvelles relations entre les humains en privilégiant la solidarité, l'échange des services, le troc, le partage du travail, les activités collectives. En un mot, créons un monde plus pacifique et plus convivial.

                                                                                               
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