La semaine juive était composée de 7 jours : 6 jours de travail et un jour de repos. Ainsi le dernier jour de chaque semaine vient interrompre le rythme des travaux et des jours. C'est le sabbat qui pour Israël n'est pas un jour comme les autres. C'est d'ailleurs pour défendre leur pratique du sabbat, que les hébreux ont raconté, dans la Genèse, que Dieu créa le monde en 6 jours et que le 7e jour, après avoir créé l'homme à son image, il se reposa. Dès lors apparaît le premier sens du sabbat : c'est un temps gratuit donné à Dieu, où hommes et bêtes se reposent, comme Dieu lui-même s'est reposé après la création. Jour chômé donc, jour de repos pour pouvoir, à loisir, contempler pleinement les œuvres de Dieu. Mais, après l'Exode, un autre sens apparaît, le sabbat prend un sens liturgique, c'est le jour où l'on fait mémoire de la délivrance du pays d'Egypte. Le sabbat célèbre donc la fin de toute servitude : comme Dieu a délivré le peuple juif de l'esclavage en Egypte, ainsi le repos sabbatique libère l'homme de t'esclavage du travail. Mais progressivement, cette idée de repos a pris chez les juifs une dimension légaliste. L'interdit a pris le pas sur tout le reste : il était défendu de travailler, de préparer un repas, de faire du feu, de secourir son voisin, de circuler, de marcher, etc... Aujourd'hui encore, en Israël, des juifs orthodoxes veulent interdire la circulation automobile le jour du sabbat et même pousser sur un bouton d'ascenseur dans un hôtel est considéré comme un travail. Durant la vie du Christ, les pharisiens reprochaient aux disciples de cueillir des grains de blé le jour du sabbat et le Christ lui-même a dû se justifier car il guérissait ce jour-là. C'est d'ailleurs à la suite de cet échange de vue qu'il prononce cette phrase lourde de sens : "Le sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat". Il est important de se rappeler cet enseignement de Jésus pour bien "situer" le dimanche chrétien : le précepte ne doit pas tuer la vie.

 Le dimanche chrétien est une tradition qui remonte aux premiers temps de l'Eglise. Les premiers chrétiens prirent assez vite leur indépendance par rapport aux préceptes juifs et, tout en respectant le sabbat, célèbrent, à domicile, "le jour du Seigneur" (Ac.2, 46), en mémoire de la résurrection de Jésus. Ainsi insensiblement, le jour sacré passe du samedi au dimanche. Ce terme "dimanche" qu'on trouve dans langues latines et non germaniques, vient de Dominus, "le Seigneur". C'est en effet le premier de la semaine juive que les femmes, parties embaumer le corps du Christ, ont constaté le tombeau vide et ont donc découvert la résurrection. Il avait d'ailleurs annoncé lui-même qu'il ressusciterait le troisième jour (mort un vendredi, mis au tombeau le samedi. vivant le dimanche). Chaque dimanche est jour de Pâques, jour de fête, jour de joie avant d'être un jour de repos. La façon dont les chrétiens se rappellent la résurrection, c'est de se réunir pour célébrer le repas eucharistique, c'est de rendre le Christ présent dans les assemblées par le partage de la parole, le partage du pain. Dès lors, l'histoire nous apprend que ce qui fait l'originalité du dimanche chrétien, c'est l'assemblée dominicale, c'est le souvenir de la mort et de la résurrection du Christ, c'est l'eucharistie, considérée comme un nouveau départ, une nouvelle vie.

 L'aspect "repos" et l'interdiction de travailler viendront plus tard car les chrétiens vont reporter sur le dimanche les éléments de la tradition du sabbat. Mais ils veilleront, parfois sans y parvenir, à ne pas tomber dans le formalisme des juifs. Les lois sont faites pour épanouir l'homme et l'homme s'épanouit aussi dans le loisir. En rappelant cette vérité fondamentale. le dimanche joue un rôle social indispensable dans notre société productiviste. Il nous fait découvrir que l'être humain n'est pas seulement un travailleur et que sa vocation dépasse largement le domaine de l'économie. Si l'homme doit travailler pour vivre, il n'est pas fait seulement pour travailler. Il est donc important d'organiser le dimanche. des activités sportives, culturelles, récréatives qui permettent de passer une journée enrichissante.

Faut-il pour autant interdire tout travail le dimanche et spécialement l'ouverture des magasins ? Il ne faut pas perdre de vue le rôle social du dimanche et penser surtout aux travailleurs qui risquent de perdre toute vie de famille. Cela doit se faire en concertation avec tous les intéressés et en respectant les plus faibles. . . Il est important de veiller à ce que l'aspect festif et ludique prenne le pas sur l'aspect commercial. Dans ce cas, on ne doit pas se montrer trop contraignant "Le dimanche n'est pas un jour que nous consacrons à Dieu mais un jour que Dieu nous consacre pour se manifester à nous par sa Parole et par son Pain. C'est pourquoi ce n'est pas un jour comme les autres.

Jean-Marie Delcourt