« Il est revenu à la vie » Luc 15-24.

Saurons-nous reconnaître que nous nous sommes trompés de chemin ?

Le fils de la Parabole, après avoir réclamé sa part d'héritage, l'obtient de son Père sans réticence apparente. Le fils a fait valoir ses " droits" comme nous le dirions aujourd'hui. Le père en est-il d'accord ? nous n'en savons rien. Ce que nous pouvons dire, c'est qu'il ne remet pas en cause la liberté de son fils de partir de la famille et de partir avec les biens familiaux qui lui reviennent. Dès lors, le Fils est émancipé, comme nous le dirions aujourd’hui. Il ne dépend plus de son père et de sa famille. Il s’affranchit.

Nous entendons souvent qu'il s'agit là d'une victoire, d'une libération de la tutelle voire de l'hégémonie parentale. Je pense qu'il s'agit là d'une première erreur d'interprétation. Le père dont il s'agit ici est celui que Jésus nous désigne comme étant son Père. «à partir d’aujourd’hui, c’est moi ton Père » Psaume 2- 7. Ce Père-là met toute sa confiance, son amour en son Fils Jésus (Baptême de Jésus). Même si cela heurte notre intelligence rationnelle, cette confiance ne peut exister que dans la liberté, Jésus n’a rien d’un automate, Il affiche toujours une très grande liberté vis-à-vis de sa famille, de son entourage, de son église, de la société…. Je pense même personnellement que c’est cette grande liberté qui lui vaudra la mort sur la croix.

Le Père de la parabole remet donc les biens réclamés par son fils. Il (Dieu dans la parabole) veut que ses rapports avec Lui soient des rapports de confiance et d’Amour, rapports qui ne s’instaureront que dans la liberté. Cette liberté est intangible dès le début de la Bible : l’homme a été créé « libre »*.

Dès lors, le Père accepte ce départ qui conduit à l’errance de son fils. La situation décrite est traversée tantôt par la prodigalité, la frivolité et la débauche, tantôt par le dénuement, la misère, les regrets.. Mais ce qui atteint le plus cet homme errant, c’est de ne plus être digne d’être reconnu comme un fils, de n’être plus digne de faire partie de la maison de son père.(« je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes mercenaires » Luc 15-19) Cela va bien au-delà d’une auto-accusation de fautes morales aussi inexcusables ou impardonnables soient-elles. Cela touche à l’identité même de cet homme, qui se range désormais au rang d’un mercenaire qui se vend.

La réponse du Père est : « voici mon Fils » « il était mort, et il est revenu à la vie »Luc 15-24. Par ces mots, Dieu assume notre errance, notre rejet, nos trahisons…. de l’Amour Vrai.…. (à ne pas confondre bien sûr avec l’amour filial) et Il restaure ces liens de confiance et d’amour sans lesquels nous ne sommes rien ( cf ; St Paul « si je n’ai pas l’Amour, je ne suis rien » 1 Cor. 13-2), Et de la mort, le fils revient à la vie.

Notons au passage la description du retour: « Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut à son cou et le baisa ». Nous avons là un père qui ne pose ni question, ni préalable et qui s’empresse avec émotion et tendresse. Le tableau n’est pas courant ! Et il devait l’être encore moins du temps de Jésus….. mais aussi du temps de Rembrandt (d’où son génie) !

« J’ai péché contre le ciel et contre toi » lui dit le fils. Le péché, c’est d’abord bibliquement cette absence, cette rupture ou ce rejet. Une destinée sujette au Mal, car hors de Dieu. Le Mal étant à chaque fois, le refus ou l’ignorance du chemin qui nous est montré ! en particulier par Jésus ; « je suis le chemin » et de l’amour qui nous est donné jusqu’à la limite ultime de la mort : « Le Père m’aime, parce que je donne ma vie…. personne ne m’ôte la vie, mais je la donne de moi-même » Jean 10-18**

Cette parabole est là pour nous enseigner l’infinie patience et bonté du Père. Infinie patience pour que cette liberté s’applique enfin à l’amour….et que nous nous reconnaissions bien les vrais fils d’un Dieu d’Amour qui donne et se donne librement.

Sans cette « vraie » histoire d’Amour et de Don, notre histoire personnelle et collective n’a tout simplement aucun sens. Elle ne peut être que l’expression du chaos et de la mort.

Dieu se plaint souvent de son peuple qui ne suit pas ses voies, ou qui ne sait pas distinguer sa droite de sa gauche. « Vois, Je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal ». « Choisis la vie et tu vivras » » Deutéronome 30-5 et 19. Tel est, encore aujourd’hui, l’enjeu de notre destin individuel et collectif. Il s’agit bien là du Bien et du Mal mais aussi de la Vie et de la Mort.

La menace écologique planétaire est devant nous. Saurons-nous comme l’a fait le fils de la parabole « rentrer en nous-mêmes » Et reconnaître que nous nous sommes trompés de chemin ? Rien n’est moins sûr !

Ce qu’il ne faut, par contre jamais oublier, c’est cette promesse : le retournement du fils ou de Ninive constitue bien un retour à la vie, la Vrai !

Christian Moreau

Notes : *il serait intéressant de savoir ce que les créationnistes pensent de cette liberté !

           ** seul Jésus peut dire en vérité qu’il donne sa vie pour nous.