Comme si de rien était… Comme si la crise mondiale qu'elles avaient provoquée ne charriait pas chaque jour son cortège de drames sociaux et de déroutes économiques, les banques renouent avec des pratiques d'hier. Comme au bon vieux temps, quand ils faisaient leurs petites affaires, à l'abri de monde, les banquiers prévoient des milliards de dollars ou d'euros pour récompenser les traders méritants

Le capitalisme, depuis ses origines, est toujours sorti plus fort de toutes les crises qu'il a traversées, en appliquant un principe très simple : " Socialisons les pertes et privatisons les bénéfices". Comme le disait, cyniquement, un banquier de Wall Street : " Pourquoi ne pas reprendre nos vieilles habitudes puisque maintenant nous avons trouvé notre assurance tous risques : l'État et les contribuables".

Aujourd'hui, la sortie de crise n'est pas aussi facile que prévu, malgré l'euphorie scandaleuse des banques américaines. . On assiste, peut -être, à la " crise de trop". En effet, celle-ci n'est pas seulement financière, elleest aussi économique, sociale, culturelle, mondiale et surtout écologique. Le réchauffement climatique et la raréfaction des ressources minérales et énergétiques vont bouleverser les données. Ce qui était auparavant considéré comme un cercle vertueux pour l'économie devient un cercle vicieux pour la planète et la survie de l'humanité.

Une trinité infernale : Croissance, consommation, emploi.

Le libéralisme économique, dans lequel nous vivons, lie ( dans un cercle vertueux ou vicieux) croissance et emploi, consommation et production. En effet, notre pouvoir d’achat dépend du salaire qu’un emploi peut nous procurer. Ainsi, si notre revenu augmente, nous allons consommer davantage et, en jouant sur cette demande, les entreprises vont produire en conséquence et donc créer de l’emploi. ( C’est le cercle vertueux)

Mais pour produire de cette façon, il faudra plus de ressources, plus d’énergie, on va rejeter plus de C02, dégager plus de pollution, donc on va dégrader l’environnement, épuiser les réserves fossiles et minérales (charbon, pétrole, gaz etc.), et ainsi aggraver le réchauffement climatique de la planète.. ( C’est le cercle vicieux )

Le dilemme est là : ce qui est bon pour l’emploi est mauvais pour la planète ( et vice versa).

Relancer la croissance, augmenter le PIB pour créer des emplois, est peut-être une bonne idée, mais à long terme, puisqu'il faut diminuer notre empreinte écologique cela va bientôt s'avérer contradictoire.

Alors que faire ?

Je propose que nous réfléchissions ensemble à l'après-crise, à l'après -pétrole : comment allons-nous organiser la société et l'économie dans une autre perspective plus écologique, plus égalitaire, plus solidaire, plus conviviale, en un mot plus humaine. Où la mesure du développement serait le Bonheur National Brut plutôt que le taux de croissance ou le PIB.

La crise actuelle est aussi une crise de l'intelligence et de l'éthique. Elle est due à l'aveuglement de nos élites, à l'imprévoyance de nos intellectuels et au déclin moral de certains de nos responsables politiques. Car enfin, si les gens veulent rouler moins, consommer autrement, acheter localement, ne plus boire l'eau en bouteille mais l'eau de source… on ne va pas les culpabiliser parce qu'ils ne font pas augmenter le PIB. On ne va pas pleurer parce que des entreprises et des usines polluantes vont devoir fermer. On doit se réjouir parce des gens protestent contre l'ouverture d'un nouvel aéroport, l'aménagement d'autoroutes ou la création d'un circuit de Formule 1.

Ce qui est injuste, c'est que des ouvriers vont se retrouver au chômage parce qu'on ne leur a pas dit la vérité, on ne leur a menacé pas dit que le monde change, on n'a pas prévu leur reconversion alors que leur emploi était menacé.

Jean-Marie Delcourt (le16/10/09)