Le sauveur de la création était-il à Copenhague ?
Par christian le mercredi 9 décembre 2009, 22:03 - Plaidoyer - Lien permanent
Peut-il y avoir une croissance
indéfinie dans un monde fini ? aurait demandé Dieu à
Copenhague
Au train d'enfer où vont les choses, on peut raisonnablement se demander si
de grands mouvements religieux ne vont pas se saisir du problème
environnemental pour réclamer, que dis-je, pour "exiger qu'on sauve la
création" !
Les risques de débordements délirants ne sont plus à exclure tant que nous nous
refusons à voir les choses en face et à demander tous les ans notre pain bénit
de croissance.
Nous sommes sûrement en train de créer de l'irrationnel et tout cela grâce au
concours de la Science qui s'est tue sur le phénomène climatique
et qui se tait aujourd'hui sur le mythe de la croissance.
Comment se fait-il que nous ne soyons pas capables de nous poser clairement une question à laquelle un tout petit enfant est très vite confronté. Il n'arrivera pas à mettre un gros cube dans un petit cube. Oui, mais cette évidence va vite s'estomper au profit d'un sentiment de toute-puissance;
Avec la Science et la Technique, tout devient possible et aucune limite n'est infranchissable.
D'ailleurs, nos politiques n'ont aucun mal à nous convaincre de la nécessité absolue de l'évolution annuelle de notre croissance. Il est pourtant très simple de démontrer que plus la croissance évolue que ce soit en Chine ou ailleurs, plus c'est l'impasse écologique. Mais, comme les enfants, nous nous entêtons à confondre le petit cube et le gros cube. Comment pouvons-nous accepter d'entendre tous les jours qu'il nous faudrait au moins trois planètes pour continuer de vivre avec notre modèle économique actuel et acquiescer béatement à l'évolution régulière de notre sacro-sainte croissance ?
Ne poussons-nous pas la population dans le désarroi, l'irrationnel ou la guerre ?
Jamais il n'y a eu autant de fossé entre le haut et le bas. Si l'élite a compris l'impasse dans laquelle nous sommes tombés, elle sait très bien que nous n'en sortirons pas sans limiter, voire diminuer notre croissance. Aurait-elle envie de se réserver jusqu'au bout tous les avantages qui mettent en péril l'intérêt voire la survie de tous ?
Est-il si absurde de fixer des "limites" à la "croissance" dans notre monde fini ?
Jamais, même face à l'hécatombe annuelle des morts sur les routes, nous n'avons envisagé de brider un moteur pour en limiter sa puissance. Cette éventualité est parfaitement inenvisageable. Nous préférons sacrifier à la Technique que de proférer de tels sacrilèges. Toujours plus de puissance, toujours plus de croissance ; le miracle permanent et indéfini du progrès scientifique et technique nous fascine et nous subjugue : rien n'arrête le "progrès". Continuera-t-on d'adorer jusqu'au bout notre génie scientifique et technique, d'être fascinés par les plus grandes inventions et réalisations que l'homme ait jamais créées depuis la fondation du Monde ?
Nous laisserons-nous nous extasier devant la promesse miraculeuse
d'une "croissance indéfinie" ?
Cette croissance nous la devons à ce monde technique qui nous comble de tous
ses bienfaits. Mais le revers de la médaille, c'est que c'est la "technique"
qui nous impose la croissance. Les bienfaits et les méfaits de la technique
sont indissociablement liés. Il n'y a pas une bonne et une mauvaise technique.
Nous le voyons bien aujourd'hui !
L'homme moderne vit dans l'illusion la plus complète : jamais
la technique ne s'autolimitera d'elle même ! C'est à nous de la "limiter"
et de la "dominer".
Si nous voulons être maîtres de notre destin commençons par ne pas nous soumettre aux impératifs de la technique et de la croissance indéfinie. Ces impératifs ont tout juste une bonne centaine d'années. Comparé à l'âge de l'humanité, c'est infinitésimal.
Cette bonne centaine d'années de croissance inouïe nous coûtera-t-elle la planète ? Ne faut-il pas plutôt encourager tout ce qui nous permettrait de stopper cette croissance absurde ?
Les petits ont moins à perdre que les gros. Est-ce pour cela que nos élites au pouvoir ont retardé le plus possible le moment de reconnaître la réalité de la catastrophe qui nous attend ? Sont-ils aujourd'hui réellement capables de reconnaître cette vérité et d'en tirer les conséquences ?
Les sauveurs de l'humanité n'étaient pas à Copenhague, bien au contraire. Les grands tâchent, sûrement honnêtement de nous faire passer au travers de la crise, mais ce faisant, ils continuent à nous hypnotiser car cette course en avant est perdue d'avance si elle s'accompagne de la croissance.
Tout ce que nous ne faisons pas aujourd'hui pour stopper la croissance nous précipite vers le drame.
Maintenant que les difficultés environnementales sont dévoilées aux yeux de tous, une élite seule, aussi bien intentionnée soit-elle ne parviendra pas à résoudre le problème collectif posé par la croissance. Voyez-vous un seul homme politique annoncer demain que dans son pays on stoppe la croissance même si la population en était d'accord ? Cet homme politique, et même toute institution "responsable" a trop à perdre pour s'engager dans cette voie, même s'il s'agit de la seule voie possible.
Nos grands se sont érigés en sauveurs de l'humanité, auxquels vont désormais nos prières !
Nous les prions réellement de nous sauver, car nous ne voyons aucune issue raisonnable à notre situation, et quand il en est ainsi nous nous tournons vers le Dieu qui seul, dans sa toute puissance peut nous sauver, nous arracher à notre destin.
Ce Dieu régit quotidiennement toute notre existence, nous le
célébrons pour ses miracles extraordinaires et permanents, nous nous confions
aveuglément à lui, et nous espérons qu'il nous sauve de tout
péril :
la Technique s'est réellement hissée au rang absolu et inégalé de religion
triomphante et universelle et nous la vénèrerons sûrement jusqu'au bout,
quelque soit le sacrifice.
Ce ne sera pas la première fois que l'homme sacrifie inutilement à son
Dieu.
Un Dieu qu'il considère comme à chaque époque, comme le Maître absolu
de son histoire. Certes, ce ne sera pas la première fois, mais ce sera
malheureusement probablement la dernière......
Christian Moreau le 9 Décembre 2009
PS : Jacques Ellul aurait déclaré à Copenhague qu'il appréciait que
sa devise "Penser global, agir local" soit reprise par les grands de
cette planète, mais il a aussitôt ajouté : Voyez "Ils entendent bien,
mais ils ne comprennent pas"
"Ils regardent bien, mais ils ne voient pas" afin "qu'ils ne se tournent
pas vers moi et que je ne les guérisse, dit Dieu" (Es 6,9-10; Mt 13,
14-15)

Commentaires
Pourquoi parler de croissance "indéfinie" ? Personnellement je dirai plutôt croissance "infinei". Le problème c'est de croire que l'on peut croître sans limite, telle la tour de Babel, non ?
est "Indéfini" ce que l'on ne peut pas délimiter. C'est quelque chose qui est
"sans limite".On aurait pu mettre : "croissance sans limite"
Mais le dictionnaire indique aussi "infini"
Autant pour moi.. J'étais resté sur le deuxième sens : "vague, imprécis"
Mais je vois qu'on est d'accord : c'est le dogme de la croissance sans limite qu'il convient de critiquer.
Merci beaucoup pour ta contribution qui explique bien les limites de Copenhague !
Bonjour
La science, le progrés, le développement, etc...
Cette nouvelle religion polythéiste conduit forcément à la ruine !!!
Sincèrement
Jean
C'est quand même un peu fort, moi j'aime la science, c'est grâce à elle que je peux avoir une vie spirituelle qui ne relève pas d'une vision effrayante du monde. Quand au progrès et au développement, c'est pareil, tout dépend de la manière dont on les utilise ! il vaudrait mieux étayer de telles affirmations, merci.
désolé de répondre aussi tard.
Il ne s'agit pas d'être opposé à la science, mais d'en mesurer les limites.
Jésus croyait très certainement que la terre était plate, pour autant, il avait une vie spirituelle absolument incomparable.
La technique n'est ni bonne ni mauvaise, mais contrairement à une idée reçue, "elle ne dépend pas de l'usage qu'on en fait".
En cas de guerre, l'usage des bombes ne dépend pas de l'appartenance à tel ou tel camp, et aucun pays ne s'abstiendrait de se défendre et renoncerait à utiliser si il le faut, le feu nucléaire. Il n'y a pas d'usage "pacifique" de la bombe....
Par contre, nous savons tous qu'avec cette même technique on peut aussi "soigner" par la radiothérapie...
Toute technique a son avers et son envers qui sont indissociables.
La technique a ses propres "lois", elle a son "fonctionnement propre" dont nous sommes à la fois, les bénéficiaires et les victimes.
Toutes les techniques quelles qu'elles soient trouvent un jour leur application. (ogm, clonage, nano-technologies...)
Voir pour cela toute l'oeuvre de Jacques Ellul. ( "La technique ou l'enjeu du siècle" a été écrit en 1954 ! )