Comment se fait-il que nous ne soyons pas capables de nous poser clairement une question à laquelle un tout petit enfant est très vite confronté. Il n'arrivera pas à mettre un gros cube dans un petit cube. Oui, mais cette évidence va vite s'estomper au profit d'un sentiment de toute-puissance;

Avec la Science et la Technique, tout devient possible et aucune limite n'est infranchissable.

D'ailleurs, nos politiques n'ont aucun mal à nous convaincre de la nécessité absolue de l'évolution annuelle de notre croissance. Il est pourtant très simple de démontrer que plus la croissance évolue que ce soit en Chine ou ailleurs, plus c'est l'impasse écologique. Mais, comme les enfants, nous nous entêtons à confondre le petit cube et le gros cube. Comment pouvons-nous accepter d'entendre tous les jours qu'il nous faudrait au moins trois planètes pour continuer de vivre avec notre modèle économique actuel et acquiescer béatement à l'évolution régulière de notre sacro-sainte croissance ?

Ne poussons-nous pas la population dans le désarroi, l'irrationnel ou la guerre ?

Jamais il n'y a eu autant de fossé entre le haut et le bas. Si l'élite a compris l'impasse dans laquelle nous sommes tombés, elle sait très bien que nous n'en sortirons pas sans limiter, voire diminuer notre croissance. Aurait-elle envie de se réserver jusqu'au bout tous les avantages qui mettent en péril l'intérêt voire la survie de tous ?

Est-il si absurde de fixer des "limites" à la "croissance" dans notre monde fini ?

Jamais, même face à l'hécatombe annuelle des morts sur les routes, nous n'avons envisagé de brider un moteur pour en limiter sa puissance. Cette éventualité est parfaitement inenvisageable. Nous préférons sacrifier à la Technique que de proférer de tels sacrilèges. Toujours plus de puissance, toujours plus de croissance ; le miracle permanent et indéfini du progrès scientifique et technique nous fascine et nous subjugue : rien n'arrête le "progrès". Continuera-t-on d'adorer jusqu'au bout notre génie scientifique et technique, d'être fascinés par les plus grandes inventions et réalisations que l'homme ait jamais créées depuis la fondation du Monde ?

Nous laisserons-nous nous extasier devant la promesse miraculeuse d'une "croissance indéfinie" ?

Cette croissance nous la devons à ce monde technique qui nous comble de tous ses bienfaits. Mais le revers de la médaille, c'est que c'est la "technique" qui nous impose la croissance. Les bienfaits et les méfaits de la technique sont indissociablement liés. Il n'y a pas une bonne et une mauvaise technique. Nous le voyons bien aujourd'hui !

L'homme moderne vit dans l'illusion la plus complète : jamais la technique ne s'autolimitera d'elle même ! C'est à nous de la "limiter" et de la "dominer".

Si nous voulons être maîtres de notre destin commençons par ne pas nous soumettre aux impératifs de la technique et de la croissance indéfinie. Ces impératifs ont tout juste une bonne centaine d'années. Comparé à l'âge de l'humanité, c'est infinitésimal.

Cette bonne centaine d'années de croissance inouïe nous coûtera-t-elle la planète ? Ne faut-il pas plutôt encourager tout ce qui nous permettrait de stopper cette croissance absurde ?

Les petits ont moins à perdre que les gros. Est-ce pour cela que nos élites au pouvoir ont retardé le plus possible le moment de reconnaître la réalité de la catastrophe qui nous attend ? Sont-ils aujourd'hui réellement capables de reconnaître cette vérité et d'en tirer les conséquences ?

Les sauveurs de l'humanité n'étaient pas à Copenhague, bien au contraire. Les grands tâchent, sûrement honnêtement de nous faire passer au travers de la crise, mais ce faisant, ils continuent à nous hypnotiser car cette course en avant est perdue d'avance si elle s'accompagne de la croissance.

Tout ce que nous ne faisons pas aujourd'hui pour stopper la croissance nous précipite vers le drame.

Maintenant que les difficultés environnementales sont dévoilées aux yeux de tous, une élite seule, aussi bien intentionnée soit-elle ne parviendra pas à résoudre le problème collectif posé par la croissance. Voyez-vous un seul homme politique annoncer demain que dans son pays on stoppe la croissance même si la population en était d'accord ? Cet homme politique, et même toute institution "responsable" a trop à perdre pour s'engager dans cette voie, même s'il s'agit de la seule voie possible.

Nos grands se sont érigés en sauveurs de l'humanité, auxquels vont désormais nos prières !

Nous les prions réellement de nous sauver, car nous ne voyons aucune issue raisonnable à notre situation, et quand il en est ainsi nous nous tournons vers le Dieu qui seul, dans sa toute puissance peut nous sauver, nous arracher à notre destin.

Ce Dieu régit quotidiennement toute notre existence, nous le célébrons pour ses miracles extraordinaires et permanents, nous nous confions aveuglément à lui, et nous espérons qu'il nous sauve de tout péril :
la Technique s'est réellement hissée au rang absolu et inégalé de religion triomphante et universelle et nous la vénèrerons sûrement jusqu'au bout, quelque soit le sacrifice.

Ce ne sera pas la première fois que l'homme sacrifie inutilement à son Dieu.
Un Dieu qu'il considère comme à chaque époque, comme le Maître absolu de son histoire. Certes, ce ne sera pas la première fois, mais ce sera malheureusement probablement la dernière......


Christian Moreau le 9 Décembre 2009


PS : Jacques Ellul aurait déclaré à Copenhague qu'il appréciait que sa devise "Penser global, agir local" soit reprise par les grands de cette planète, mais il a aussitôt ajouté : Voyez "Ils entendent bien, mais ils ne comprennent pas"
"Ils regardent bien, mais ils ne voient pas" afin "qu'ils ne se tournent pas vers moi et que je ne les guérisse, dit Dieu" (Es 6,9-10; Mt 13, 14-15)