Déclaration commune sur la sauvegarde de la Création
Par Robin le mardi 26 janvier 2010, 07:55 - Décisions d'églises - Lien permanent
ROME, Mercredi 20 janvier 2010 (ZENIT.org) - La
visite de Benoît XVI à la grande synagogue de Rome et la sauvegarde de la
Création sont les principaux thèmes de la déclaration conjointe du grand
rabbinat d'Israël et du Vatican publiée ce 20 janvier 2010.
La Commission bilatérale du Saint-Siège et du Grand rabbinat d'Israël a en effet tenu sa 9e rencontre à Rome du 17 au 20 janvier (Shvat, 2-5, 5770).
Les responsables religieux juifs et catholiques en appellent à une « écologie humaine » et affirment qu'« une éthique environnementale authentique est une condition clef de la paix et de l'harmonie du monde ».
Déclaration
1. La 9e rencontre de la Commission ci-dessus s'est tenue à Rome, à la suite de la visite historique du pape Benoît XVI à la grande synagogue, à laquelle ont participé aussi les membres de la Commission et au cours de laquelle le pape a confirmé catégoriquement l'engagement de l'Eglise catholique et sa volonté d'approfondir le dialogue et la fraternité avec le judaïsme et le Peuple juif, en accord avec Nostra Aetate, les enseignements du magistère qui en ont découlé, et en particulier de son prédécesseur Jean-Paul II. « Sur cette voie, nous pouvons marcher ensemble conscients des différences qui existent entre nous, mais aussi conscients du fait que lorsque nous réussissons à unir nos coeurs et nos mains en réponse à l'appel du Seigneur, sa lumière se rapproche et brille sur tous les peuples du monde » (Benoît XVI à la Synagogue de Rome, 17 Janvier 2010, § 8). Le pape a spécifiquement loué le travail, l'importance et les accomplissements de la Commission bilatérale qui allait se réunir sur le thème de l'enseignement catholique et juif sur la Création et l'environnement et il a souhaité à la Commission « un dialogue profitable sur un thème si actuel et si important ».
2. Le cardinal Jorge Mejía et le grand rabbin Shear Yashuv Cohen ont ouvert la réunion en saluant la mémoire de l'ancien ambassadeur Shmuel Hadas dont la contribution a été si utile pour l'institution de la commission.
3 . Les interventions d'ouverture ont mis l'accent sur les tensions entre les mouvements environnementaux séculiers et les perspectives religieuses et ils ont souligné que l'enseignement biblique considère la nature comme revêtue d'une sainteté qui vient du Créateur. C'est lui qui a donné à l'humanité, en tant que sommet de sa Création intrinsèquement bonne (cf. Gn 1, 31), l'obligation de la garder avec responsabilité (cf. Gn 2, 15). En conséquence, alors que la liberté et l'autonomie sont données à l'humanité pour développer et faire progresser les ressources naturelles, comme il est écrit : « le ciel, c'est le ciel du Seigneur/ la terre, il l'a donnée aux fils d'Adam » (Ps 115, 16), celles-ci doivent toujours s'exprimer d'une façon qui respecte la souveraineté divine de l'univers, comme il est écrit : « Au Seigneur la terre et sa plénitude/ le monde et tout son peuplement » (Ps 24, 1).
4. L'humanité est aujourd'hui confrontée à une crise environnementale unique qui en substance est produite par une exploitation matérielle et technologique démesurée. Ce défi doit évidemment être relevé, par les moyens techniques nécessaires, ainsi que par la modération, l'humilité et la discipline, mais les participants ont mis l'accent sur le besoin essentiel de la société de reconnaître la dimension transcendante de la Création qui est cruciale pour assurer un développement durable, et progresser d'une façon éthiquement responsable. Tout ce qui est faisable techniquement n'est pas moralement acceptable. C'est cette prise de conscience qui assure que tout aspect du progrès humain promeuve le bien-être des générations futures et sanctifie le Nom divin, tout comme son absence conduit à des conséquences destructrices pour l'humanité et l'environnement et profane le Nom divin.
5. La tradition biblique qui donne une dignité unique à la personne humaine ne doit pas être comprise en termes de domination mais en termes de respect et de solidarité. Cela demande de nous le sens d'une « écologie humaine » dans laquelle notre responsabilité pour l'écosystème est liée à nos obligations les uns envers les autres - et les reflète - et en particulier « une générosité spéciale envers les pauvres, les femmes et les enfants, les étrangers, les malades, les faibles et les nécessiteux » (Benoît XVI, Synagogue de Rome, 17 janvier 2010, § 7).
6. L'aspect éthique de l'intervention humaine dans l'ordre naturel réside dans la limitation du pouvoir de la science et sa prétention à l'absolu, et dans l'expression de la solidarité humaine et de la responsabilité morale envers tous. Dans ce dessein, la commission bilatérale encourage fortement une consultation étroite entre les innovations scientifiques et le travail de développement, et les guides de l'éthique religieuse. De même, les Etats et les organes internationaux devraient entrer dans une consultation étroite avec les responsables éthiques et religieux pour faire en sorte que le progrès soit davantage une bénédiction qu'une malédiction. Une éthique environnementale authentique est une condition clef de la paix et de l'harmonie du monde.
7. Surtout, l'importance cruciale de l'éducation morale religieuse à tous les niveaux a été soulignée pour garantir un développement scientifique et social responsable.
Rome,
19 janvier, 2010 - Shvat 4, 5770
Grand Rabbin Shear Yashuv Cohen (Président de la Délégation juive) ; Grand Rabbin Ratson Arussi ; Grand Rabbin David Brodman ; Grand Rabbin Joseph Levi ; Grand Rabbin David Rosen ; Rabbin Prof. Daniel Sperber ; M. Oded Wiener
Jorge Cardinal Mejía (Président de la délégation catholique) ; Patriarche Fouad Twal ; les archevêques Elias Chacour, Antonio Franco, Bruno Forte ; Mgr Giacinto-Boulos Marcuzzo ; Mgr Pier Francesco Fumagalli ; le P. Pierbattista Pizzaballa O.F.M. ; le P. Norbert J. Hofmann S.D.B.
Texte original : anglais
Traduit de l'anglais par Zenit

Commentaires
Évidemment, les termes "sainteté de la nature" et le refus de sa "profanation" ne nous conviennent pas trop...
Mais ce qui me gène surtout, c'est le côté : je fais de grandes déclarations mais dans l'action, je ne me mouille pas trop...
MDR ! Pour ce qui est de la sainteté, tout dépend de la définition que l'on donne à ce mot, Lévinas renvoie la sainteté à l'irréductible altérité de l'Autre. Alors oui, l'Autre ne peut-être dans la nature ou être la nature, mais ne peut-on considérer que le mouvement dans lequel est inscrit la nature est une inspiration à la découverte de l'Autre ? Ainsi la nature ne serait pas sainte, mais une inspiration poétique à y entendre ou découvrir la sainteté de celui qui y a laissé une trace. En fait notre problème me semble venir essentiellement de notre difficulté à parler du dieu Créateur sans en définir véritablement le champ d'action. le "Créateur" dont parle ce texte ne me semble pas être très "saint" ou "sain" pour le coup, s'il s'agit encore de croire au petit barbu qui a lancé le Bigbang et qui dirige l'Univers, les chrétiens vont encore dit bon nombre d'âneries... .
Oui, j'aime bien ta formule : "découvrir dans la nature la sainteté de celui qui y a laissé une trace". ça me parle déjà plus !
Et par rapport à Lévinas on peut aussi ajouter : "respecter la nature, c'est respecter l'autre et me respecter moi-même comme une créature" ! Ce que ce texte ne met pas du tout en avant. A mon avis, cela pourrait être l'apport propre du protestantisme !
Enfin, je ne partage pas du tout le désir du Vatican qui dit : "les Etats et les organes internationaux devraient entrer dans une consultation étroite avec les responsables éthiques et religieux pour faire en sorte que le progrès soit davantage une bénédiction qu'une malédiction"
Décidemment, il ne peut pas s'empêcher de faire du lobbying politique ce bon vieux vatican ! Qu'il s'occupe plutôt de sauver de sauver des juifs plutôt que de bénir les armée hitlériennes !