Celle qui domine aujourd’hui est bien sûr empreinte de rationalité scientifique : nous avons déjà remporté tellement de victoires sur la fatalité de tant de cataclysmes que nous ne croyons plus depuis belle lurette que l’activité et les effets du tonnerre et des volcans pour ne citer que ces deux "phénomènes naturels" soient dans les mains de Zeus, de Vulcain ou de Xiuhtecuhtli.

C’est pourtant bien ces croyances qui ont nourri tant de civilisations du monde entier jusqu’à nos jours.

Mais aujourd’hui, grâce à nos connaissances, nous arrivons à comprendre la nature de toutes les forces qui s’exercent dans l’univers de l’ "infiniment" petit ou de l’ "infiniment" grand. A ce jour, cette nouvelle "perception" du monde issue des Lumières l’a définitivement emporté. Toutes les anciennes croyances, qu’elles soient magiques, divinatoires ou religieuses sont "qualifiées" de supercheries même si, dans le même temps, nous dénombrons, par exemple à Paris, un nombre impressionnant de devins, magiciens, cartomanciens de tout poil…

Curieusement, ceux-ci prolifèrent tranquillement au pays des Lumières sans que cela ne scandalise les médias, et sans que l’escroquerie ne soit dénoncée par qui que ce soit !

Cependant, tout autre discours que ceux qui sont prononcés au nom de la rationalité scientifique nous apparaît désormais comme arriéré et le fruit d’esprits incultes. L’homme contemporain considère qu’il s’agit là de croyances d’un autre âge qui touchent des esprits faibles. Il pense d’ailleurs bien souvent que c’est l’indigence matérielle qui les a maintenus dans cet état. Le jour où l’aisance et les bienfaits du progrès leur profiteront, ils cesseront de faire appel à leur dieu dont la conception est aujourd’hui dépassée : certes, les tremblements de terre sont des moments tragiques mais qui n’ont absolument rien à voir avec Dieu ou avec une quelconque volonté de Dieu.

Face à d’aussi grandes tragédies, notre attachement à la parole biblique et évangélique, notre foi, nos prières ont-ils vraiment un sens ?

Au tout début de la Bible, Dieu dit «Que la Lumière soit.. ». « Il y eut un soir, il y eut un matin… » Et curieusement, le soleil n’apparaît qu’au quatrième "jour" !

En construisant son texte ainsi, l’auteur de la Genèse n’a pas fait une incompréhensible maladresse ou une fâcheuse envolée poétique !

Il a, au contraire, pris bien soin de distinguer ce qui est de l’ordre de la « création » de ce qui est de l’ordre de la « nature » : la "lumière" dont il nous parle n’est pas celle du soleil, et les "jours" de la création ne sont pas comparables à nos journées de vingt-quatre heures !

Dans la bible, la souffrance est une injure à l’ordre de la création :

Le meurtre d’Abel en est le premier exemple et on oublie souvent que Dieu accorde sa protection à Caïn le meurtrier ! Ce Dieu-là ne veut ni la mort ni la souffrance de l’homme. Il lui accorde son amour, et Il lui demande d’aimer à son tour son prochain. L’amour du prochain et de l’ennemi est un impératif inconditionnel pour tout chrétien : cela veut dire concrètement vouloir du bien au prochain ainsi qu’aux ennemis, et cela veut dire bien évidemment, ne pas laisser souffrir, ne pas faire souffrir mon prochain ni mon ennemi !

Pour ce qui concerne les lois de la nature par contre, le souci de la souffrance ne rentre pas en ligne de compte : un lion tuera une biche pour la manger un point c’est tout.

Un autre message que nous enseignent la Bible et l’Evangile de Jésus-Christ, c’est celui de la persévérance. Dans les Evangiles, à chaque fois que Jésus est interrogé au sujet des événements à venir, que ce soient des famines ou des tremblements de terre… Il nous dit que ces événements sont « annonciateurs de rien ». Il va même plus loin ; les persécutions, le mal, la guerre, se poursuivront jusqu’au bout :

« N’en soyez pas surpris ».

Il s’agit donc d’être à la fois « vigilants » et « persévérants ». Par delà tous ces malheurs et toutes ces souffrances, provoqués ou non par l’homme, Dieu demeure et demeurera même au-delà de notre propre histoire.

Il reste et Il restera aux côtés du faible, du méprisé, du souffrant, du prisonnier, du condamné

« Car j'avais faim, et vous m'avez donné à manger ; j'avais soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger, et vous m'avez accueilli ; j'étais nu, et vous m'avez habillé ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus jusqu'à moi ! » (Mt 25,35-36). La Croix reste l’événement qui révèle la solidarité absolue et indéfectible de Dieu envers tous ceux qui souffrent.

Mais nous avons nous-mêmes à lutter contre la mort et le désespoir : Haïti lutte contre la mort et le désespoir et nous devons être à leur côté, pas uniquement par nos dons, mais aussi par la foi. « Deux moineaux ne se vendent-ils pas un sou ? Cependant aucun d’eux ne tombe à terre sans votre Père » nous dit Jésus (Mt. 10, 29) (*)

Dieu est non seulement solidaire mais il vient au secours de celui qui est à terre : Jamais Jésus n’a refusé de soigner tous ceux qui lui faisaient appel, mais il a toujours refusé les miracles –spectacles- que lui demandaient notamment les pharisiens, qui ne l’oublions pas, constituaient "le" groupe religieux modèle et bien pensant de l’époque.

"Je le pansais, Dieu le guérit" nous dit le grand médecin huguenot Ambroise Paré. Comme lui, nous ne séparerons pas l’un de l’autre. Tel est notre acte de foi aujourd’hui, en union avec tous ceux qui sont à terre aujourd’hui en Haïti

-Christian Moreau- Hambourg, Dimanche 31 Janvier 2010

PS(*) C’est André Chouraqui qui nous a légué cette précieuse traduction.