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L’ERF trouve que, globalement, l’argumentation théologique du document est faible et souvent discutable. Elle fait les propositions suivantes en vue d’enrichir cette argumentation :

A - Bien qu’une lecture établissant des analogies entre certaines situations évoquées dans les textes bibliques (de l’Ancien Testament en majorité sur le thème de la création) et celles du monde actuel, soit recevable dans certains contextes (ruralité), une approche complémentaire des textes bibliques doit être proposée pour des contextes où lesdites analogies ne sont ni immédiates ni possibles (urbanité) ;

B - Il convient de ne pas instrumentaliser les textes bibliques pour justifier certaines affirmations de la déclaration, mais plutôt de puiser des motifs de réflexion et des raisons d’action et d’engagement dans le trésor spirituel et social des traditions chrétiennes diverses ;

C - Le seul usage du thème de la création dans la bible pour traiter des questions d’écologie appauvrit la réflexion théologique. Ou alors il convient de parler du Dieu créateur comme un antidote à l’homme créateur tenté par la toute puissance. Une thématique de type prophétique doit être articulée au registre sapientiel souvent privilégié pour traiter théologiquement la question écologique. De plus, ni la bible ni la théologie ne peuvent offrir une véritable expertise donnant aux chrétiens une compétence en matière d’écologie, d’économie et de politique. Bible et théologie offrent plutôt des perspectives quant à l’identité que Dieu veut pour le monde et pour l’homme qui y habite.

D – Il convient de corréler la démesure de l’action humaine qui conduit aux désastres écologiques que l’on sait avec le péché universel de tous les humains ;

E – Il est nécessaire de réarticuler quelques affirmations de la théologie de la création dans l’espace (c/e) avec celles d’une théologie du salut dans le temps (s/t), par exemple :

- (c/e) « la terre est notre demeure » (§1), avec l’affirmation selon laquelle nous sommes aussi (s/t) « étrangers et voyageurs sur la terre », à la recherche d’une autre demeure ;

- (c/e) « le don de la création nous fait vivre » (§1), avec celle selon laquelle (s/t) « nous vivons du souffle de Dieu » ;

- (c/e) « nous sommes appelés à être de bons intendants » (§1), avec celle selon laquelle (s/t) « nous sommes avertis des menaces de ce monde », etc.

Il ne s’agit évidemment pas de déserter ce monde ni d’en attendre un autre, mais de découvrir, d’un point de vue biblique et théologique, quelle est la condition humaine et à quoi Dieu par le Christ (jamais nommé dans le texte…) nous appelle, à partir des notions de fragilité et de confiance, de transmission et de responsabilité ;

F – Il faut tenter de dire une parole évangélique concrète pour tous, victimes et coupables des dégâts à l’environnement, non pas confondus mais tous situés sous le coup du jugement (crise) et du don de la grâce (salut).


En combinant ces perspectives, quelques « outils » théologiques issus de la bible et de la tradition chrétienne pourraient être proposés dont l’articulation avec de concepts scientifiques venus d’autres champs d’études tels que « la dette écologique » (§4), « la justice transformatrice » (§8), « l’empreinte écologique » (§9) reste à construire.

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Le Conseil National recommande à ses membres de s'engager dans la réflexion et l'action en utilisant notamment les apports du réseau national "Bible et création" consultable sur le site : http://blog.bibleetcreation.com. Il s’agit d’un lieu d’échange et d’outillage pour une réflexion et un engagement de type protestant qui s’inscrit dans la suite du programme œcuménique Justice, Paix, Sauvegarde de la Création.