N’avons-nous pas beaucoup de mal à accepter la liberté ? Si je vous dis : Dieu est souverainement « libre » ! Cela ne vous choquera-t-il pas ? Vous auriez sûrement raison d’être choqué si cette liberté s’appliquait à un Dieu qui s’imposerait par la force tel un dictateur, ou bien même un souverain magnanime qui écraserait ses sujets de tous ses éclatants bienfaits.

La liberté ne nous est pas octroyée, elle « est », telle que ce Dieu-là l’a voulue.

Et si tel est le cas, nous en disposons « librement ». Il s’agit bien là d’une vraie liberté conçue par un Dieu « libre », aussi inimaginable cela soit-il.

Mais alors pensons-nous immédiatement, un Dieu libre est totalement imprévisible. Quelle sécurité nous reste-t-il ? Ne sommes-nous pas soumis à l’arbitraire le plus total ? Alors pourquoi faudrait-il que nous soyons libérés des griffes de l’oppresseur ? Et c’est bien ce qui se passe pour le peuple hébreu, certes libéré d’un féroce oppresseur mais qui est confronté à sa liberté et qui réalise aussi la liberté de son Dieu. La liberté est indivisible, elle « est » ou elle « n’est pas », il n’y a pas de milieu.

Il n’y a pas de liberté imposée, de liberté obligatoire !

Quand le peuple hébreu réalise cet état de fait, il a peur, il a peur de la liberté.

« Pourquoi nous as-tu fait quitter l'Egypte ; est-ce pour nous faire mourir de soif ici, avec nos enfants et nos troupeaux? » (Ex 17,3) « C’est par haine envers nous que le Seigneur nous a fait sortir d’Egypte » (Dt 1,27) « Ne vaudrait-il pas mieux retourner en Egypte ? Nommons un chef et retournons en Egypte » (Nb 14,3-4) (2)

Oui, comme de tout temps, par peur de l’insécurité, nous préférons bien souvent l’asservissement à la liberté. Tout le monde sait la façon dont les pouvoirs en place en usent et en abusent. Les Hébreux, mais aussi les premiers Chrétiens en ont payé le prix fort. Dans la Bible, l’Egypte mène un combat contre les Hébreux puis Rome contre les chrétiens parce qu’ils ont acquis la liberté non de la dynastie égyptienne ou de l’empire romain mais de « Dieu ».

C’est pour cela que Pharaon et Rome sont représentatifs des puissances (3) qui sont condamnées car elles s’opposent à la libération voulue par Dieu.

Le peuple hébreu est emmené au désert, il récrimine contre son Dieu. Il regrette le pays où il était esclave.

Jésus lui, est emmené au désert nous disent les évangélistes et que lui arrive-t-il ? Et bien, puissances et dominations l’assaillent pour le séduire. On dit à ce moment-là que Jésus est « tenté ». Il est tenté par l’attrait du pouvoir qu’Il a à portée de main.
« Si tu le peux, pourquoi ne pas changer les pierres en pain ? »….pourquoi ne veux-tu pas résoudre les problèmes économiques qui frappent les hommes, pourquoi laisser les famines subsister… ?
« Si tu le peux, pourquoi ne pas prendre le pouvoir politique ? »…en étant à la tête de la plus haute autorité de la nation, tu pourras rendre la justice, garantir la sécurité, faire régner la paix …
« Si tu le peux, pourquoi ne pas prendre la tête de l’église ? »….aucune ambiguïté n’aurait plus lieu pour que ton royaume éclate dans toute sa Lumière.

Il s’agit-là de "vraies" séductions qui ont réellement été vécues par Jésus tout au long de sa vie, (4)

et non pas uniquement une seule fois au désert ! Il ne s’agit pas d’amusettes spirituelles pour divertir le lecteur !
Toutes ces tentations nous les connaissons trop bien ! Ce sont très exactement les récriminations que "nous" objectons en permanence à ce Dieu qui nous échappe.
Le dieu auquel nous faisons appel, c’est celui qui nous procurerait les biens dont nous avons besoin, celui qui exercerait vraiment une justice équitable, qui établirait la paix, qui abolirait la peur, l’angoisse, la haine …
« Quel miracle peux-tu nous faire voir pour que nous te croyions ? » (Jn 6,30)
« Qu’il descende maintenant de la Croix, et nous croirons en Lui » (Mt 27,42)

Le Dieu de la Bible est totalement libre : Il ne se laisse pas séduire, Il ne se laisse pas acheter, Il déjoue les plans du "Diviseur" ! Et si Jésus ne cède à aucune des tentations qui lui sont tendues c’est justement par respect de notre liberté. Car sans cette liberté, il n’y a pas d’amour possible. L’amour et la liberté sont indissociables.

La liberté fait peur au Monde. Christ aussi inoffensif soit-il a fait peur :
« Ils cherchaient un moyen d’arrêter Jésus et de le mettre à mort » (Mc 14,1).
Rien ne s’opposait à ce qu’il soit éliminé, sauf que Jésus nous dit :
« Personne ne me prend la vie, mais je la donne de ma propre volonté. J’ai le pouvoir de la donner et j’ai le pouvoir de la recevoir de nouveau » (Jn 10,18)

Christ donne librement sa vie par amour. Oui, l’amour est don de soi, l’amour est libre et gratuit, et il appelle à la liberté chacun d’entre nous.

Mais nous ne sommes pas le Christ ; Lui seul nous sauve par sa Mort.
Depuis la Croix, plus aucun autre sacrifice comme le sien n’a de valeur :
Dieu s’est donné lui-même et il a été relevé.
Prétendrions-nous nous sauver nous-mêmes ?
Christ a pris sur Lui le châtiment que nous méritions, comme le dit si bien un de ceux qui étaient crucifiés avec lui.(Lc 23, 40-43)
Dieu a écrit la Fin ultime de notre histoire personnelle et collective.

Disons-nous assez souvent que l’utilisation du mot "Evangile" est une géniale trouvaille des premiers Chrétiens.

Initialement, l’évangile ce n’est pas l’histoire de la vie et de la mort d’un certain Jésus. Non, c’est la bonne nouvelle des "hauts faits de l’empereur".

Jésus fut crucifié par les autorités romaines comme Roi des Juifs. Les premiers Chrétiens travestissent la bonne nouvelle impériale en bonne nouvelle de l’avènement du Messie. Pour eux, l’ennemi le plus redoutable est celui qui s’attaque au plus vulnérable, au plus inoffensif, au plus insignifiant. Et la Croix manifeste au monde entier l’injustice absolue de cet ennemi. Paul ira encore plus loin : « Dieu a enlevé leur puissance aux autorités et pouvoirs spirituels ; il les a donnés publiquement en spectacle en les emmenant comme "prisonniers" dans le cortège de victoire de son Fils » (Col 2,15). Ces puissances et ces dominations ont été « définitivement » clouées à la Croix. Christ Lui, s’est «définitivement» relevé. La bonne Nouvelle de l’Evangile des Chrétiens c’est que ce Jésus-Christ qui a été crucifié a remporté une victoire définitive contre les dominations et les puissances qui mènent le monde.

Christ est "Notre Seigneur" ont tout de suite dit les premiers Chrétiens !

Ces dominations et puissances, contrairement aux apparences ont perdu la partie. Elles n’ont plus aucun avenir même si nous n’en sommes pas encore débarrassés ici bas.

Le Prince de "ce" monde est toujours aux commandes, mais la Mort et le Néant ne sont plus des réalités dernières, ce sont des réalités terribles mais qui sont des réalités avant dernières.
L’enfermement ultime est définitivement aboli : "Aux captifs, la liberté" (5) !

En traversant la mer Rouge, en se faisant baptiser, l’homme traverse la Mort.

Dieu lui-même emmène son peuple, Dieu lui-même emmène son Eglise à la liberté de son amour. Le combat de la liberté n’est pas fini, mais la liberté, elle, a définitivement triomphé à Pâques.


A tous ceux qui cherchent ces chemins de liberté, qu’ils les trouvent

à Itïa et Kim qu'ils les découvrent un jour.

Christian Moreau 19 02 2010



(1) « Je suis le Seigneur ton Dieu, c’est moi qui t’ai fait sortir d’Egypte où tu étais esclave ».
-Verset central du livre de l’Exode- (20,2). Exode signifie "sortie".

(2) « Tout le peuple parlait de leur lancer des pierres pour les tuer » (Nb 14,10) - il s’agit de Moïse et Aaron-

(3) La force symbolique de ces puissances est extrêmement importante nous dit le théologien P. Tillich.

(4) « Si tu es le fils de Dieu… » (Mt 4,1-11 / Lc 4,1-13 / Mc 1,12-13)

(5) « l'Éternel m'a oint pour annoncer la bonne nouvelle aux affligés. Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour proclamer aux captifs la liberté, et aux prisonniers l'ouverture de la prison » (Es 61:1)