NE VOIT PAS BÉHÉMOT QUI VEUT !
Par christian le mercredi 25 août 2010, 21:52 - Plaidoyer - Lien permanent
- Le cri - Edvard
Munch (1863-1944)
-précurseur de l’expressionnisme-
Après avoir lu l’article « L’anti- création existe ; Job l’a
rencontré » un ami athée, lecteur de la bible, et lui-même ami de Jacques
Ellul m’a demandé : Mais pour toi, quelle est réellement la morale de
cette histoire ? Pour moi, lui ai-je répondu , ce livre est d’abord un
sérieux démenti et un sévère avertissement aux amis de Job, et en quelque sorte
à tous ceux qui
"disent croire en Dieu, qui disent Le connaître, et qui disent comprendre le
Mal".
Job sera le seul à voir Béhémot et Léviathan. La non perception du
Mal absolu est,
nous dit le livre de Job, en rapport direct avec la non perception de
ce Dieu-là.
La réponse que je lui ai faite concerne plus spécifiquement les « croyants » ! ~
En vérité, ceux qui savent qui est le Dieu de Job n’en savent rien.
(1)
Ceux qui croient connaître le Mal, n’en connaissent pas l’étendue et la
profondeur.
Pour moi, ce livre est d’abord un sérieux démenti et un sévère avertissement
(2) aux amis de Job,
Job lui, reconnaît qu’il a d’abord seulement entendu parler de Dieu, (3) il est
fortement attaché à Lui, il plaide à bon droit son innocence, Il réclame
justice et surtout il est en quête de son Défenseur.
Job sera le seul à voir Béhémot et Léviathan. La non perception du Mal
absolu est,
nous dit le livre de Job, en rapport direct avec la non perception de
ce Dieu-là.
Pour mieux me faire comprendre, je vais me référer au Nazisme ; ce Mal qui est presque universellement dénoncé aujourd’hui. (4) En grande majorité, les Eglises n’ont pas vu ce qu’était le Nazisme à son avènement. D’ailleurs, elles se refusent toujours à y voir une dimension autre que morale, idéologique, ou politique, alors que c’est la dimension irrationnelle, mystique et religieuse du Nazisme qu'elles auraient du combattre en premier lieu ! Encore aujourd’hui, la plupart des théologiens eux-mêmes nient cette dimension-là et nient l’existence des religions séculières comme l’a pourtant été le Nazisme.
Dans cette Allemagne hautement cultivée et protestante des années 30 (quand on pouvait peut-être encore faire quelque chose contre le Nazisme), seule parmi les églises, la petite église confessante a ouvert les yeux et s’est opposée au Nazisme pour ce qu’il était réellement. (5) Le théologien, qui plus est chrétien, ne devait-il pas jouer le rôle essentiel et indispensable de "sentinelle" ? L’unanimisme, le conformisme, l’œcuménisme ne doit surtout pas se faire autour de Béhémot !
Encore faut-il voir Béhémot pour ce qu’Il est,
et encore faut-il agir assez tôt, pour qu’il ne soit pas trop tard
!
C’est justement cette dimension mystique et religieuse que nous "oublions" de voir. (6). Nous refusons généralement de reconnaître l’existence de cette "foi" en l’idéal national socialiste.
Nous refusons toujours de reconnaître que le Nazisme est « la plus
formidable explosion mystique, religieuse et irrationnelle que
nous ayons connue depuis trois siècles ».
(7)
"Nous" les Chrétiens "non" allemands des années 30, n’aurions-nous pas mangé
de ce pain-là (8) ? Ne prétendons-nous pas toujours que nous sommes
aujourd’hui dans des sociétés parfaitement "laïcisées" ?
Cette "foi" est fondamentalement incompatible avec la foi au Dieu de Job.
Pire, elle est l’arme avec laquelle cette Bête s’attaque à la Création,
car
Elle est mue par "notre adoration aveugle".
Pour moi, c’est si vrai que dans le livre de Job, Dieu lui-même « porte
les faces de Job… », (Job 42, 8-9 Bible de Chouraqui) littéralement, "Il le
reconnaît favorablement".
Dieu n’aurait-Il pas « porté les faces des juifs » dans les années
30 ?
Ne l’aurions-nous pas vu ?
Et de qui Dieu porte-t-Il aujourd’hui les faces ?
Hitler n’est rien sans la flamme et la foi ardente de toute la nation allemande. Aujourd’hui la Technique nous propulse dans un monde "surhumain" seul digne de notre adoration. Cependant, la Bête n’est rien sans notre flamme et notre foi ardente dans ses promesses, dans ses miracles et dans toutes ses glorieuses victoires.
La Bête fait véritablement de nous des possédés (2 -7)
alors que nous nous croyons libres (9) !
Refuserons-nous jusqu’au bout de voir Béhémot pour ce qu’il est ?
Attendrons-nous qu’il soit trop tard ? Au prix de quel sacrifice
planétaire continuerons-nous de le vénérer ?
Choisirons-nous un jour de vivre "libres" sans Béhémot pour Maître ?
Christian Moreau 21 08 2010
(1) « Contrairement à mon serviteur Job, vous n’avez pas dit la vérité sur moi » (Job 42, 7).
(2) « Afin de ne pas faire de vous une charogne » (Job 42, 8 -bible de Chouraqui-)
(3) « Par ouï-dire j’avais entendu parler de toi, mais à présent, mon
œil t’a vu » (Job 42, 5).
(4) Sauf pour certains négationnistes qui sévissent dans l'ombre encore aujourd'hui !
(5) « L'Eglise d'Allemagne n'est pas un organisme d'Etat et n'a d'autre
fondement que la parole de Dieu. » synode de Barmen, Karl Barth, mai
1934.
La déclaration théologique de Barmen est un texte fondamental d'opposition
chrétienne au Nazisme. Karl Barth a été suspendu à cause de son refus de prêter
serment au Führer et il a été expulsé d'Allemagne.
(6) « Tout le monde se mit à "adorer" le Dragon parce qu’il avait donné son pouvoir à la Bête. Ils "adorèrent" également la Bête… » (Ap, 13,4)
(7) "Les nouveaux possédés" de J. Ellul. Ch 5-6
(8) N’aurions-nous pas accepté, sinon encouragé l’"unification" de toutes
les Eglises au sein de l’«Eglise protestante du Reich » ! -75% des
protestants ont apporté leur caution au programme du Führer lors des élections
de 1933-
Seule, parmi les Eglises, la petite Eglise confessante qui a vu la vraie nature
du Nazisme s’y est fondamentalement opposée.
(9) "L’Ethique de la Liberté" tome 1, 2, 3 - J. Ellul- (Labor et fides 1973-1984))
PS : Pour finir, deux citations en rapport direct avec le
livre de Job :
l’une est une parole de Jésus qui pour nous
Chrétiens retentit comme dans le livre de Job :
« ..si vous (les pharisiens) étiez aveugles, leur répond Jésus, vous n'auriez point de péché mais maintenant vous dites : "nous voyons"; votre péché demeure. » (Jean, IX, 41)
En sachant que le péché c’est le contraire d’« être devant Dieu » comme le dit si bien Kierkegaard. En l’occurrence, les Pharisiens ne « voient » pas « devant qui ils sont » !
L’autre citation est le poème d’Edvard Munch
(1892)
Je longeai le chemin avec deux amis.
Soudain le soleil se coucha.
Je le ressentis
comme un soupir mélancolique.
Le ciel devint tout à coup
rouge couleur de sang.
Je m'arrêtai, et épuisé à mort
m'adossai contre une barrière.
Je vis le ciel enflammé,
le fjörd et la ville
étaient inondés de sang
et ravagés par des langues de feu.
Mes amis poursuivirent leur chemin,
je tremblais d'angoisse.
Et je sentis
la nature traversée par un long cri infini.
Edvard Munch
Commentaires
Merci pour ces réflexions; mais je reste sur ma faim.
J'admets sans difficulté la dimension démoniaque du nazisme (voir notamment les écrits contre les nazis de Paul Tillich).
Mais la bête avance toujours masquée, prenant le visage d'un ange de lumière.
Nous avons une illustration de cela aujourd'hui avec l'instrumentalisation de la lutte contre l'immigration clandestine et le stigmatisation des gens de voyage et des Roms. Je ne dirai pas que le pouvoir est complétement démoniaque, mais il joue clairement avec des démons...
Heureusement un prêtre catholique, suivi par le pape, a mis son pied dans le plat médiatique. La réaction des protestants, comme souvent, reste plus confidentielle...
Je n'ai pas encore lu l'article sur Job, mais je suis preneur d'une analyse actuelle pour démasquer les tentacules de Béhémot. C'est surement un travail de longue haleine, car aucun de nous n'échappe à ce mal qui ronge le monde...
C'est quoi Béhémot ? La référence explicite à Job 40 serait bienvenu pour les ignares comme moi qui n'utilisent pas ce mot tous les jours.... :-)
Robin,
Merci pour ta remarque, mais je suis sûr que tu aurais pu répondre à ma place, et peut-être même mieux que moi !
Cet article fait suite à celui qui s’intitule "L’anti-création existe : Job l’a rencontré".
J’y indiquais :
Toutes ces terribles forces sont dévoilées à Job : «Voici Béhémot, que j’ai créé avec toi » (Job 40,15), « Moi seul son Créateur, Je le tiens en respect » (Job 40,19).
Il est vrai que Béhémot est traduit de diverses façons soit "L’animal" soit "L’hippopotame"…
Pour Léviathan, c’est pareil, il est appelé parfois "Serpent", parfois "Dragon"….
Le nom de Béhémot est le pluriel du terme hébreu «Bête ».
C’est pour cela que j’ai gardé le terme de Béhémot en indiquant que ce monstre s’apparente à la "Bête". Et c’est pourquoi aussi, je mets en relation Béhémot avec les autres « Bêtes » dont nous parle la Bible. On nous parle de Léviathan dès la Création, mais la Bête elle, n’apparaîtra que plus tard.
PS : Un petit mot à D Nelson qui est demandeur d'"une analyse actuelle pour démasquer les tentacules de Béhémot". J’ai réfléchi en réponse à sa question à un nouvel article qui s’intitulera très certainement «Béhémot, un communicateur d’enfer ? »
à D Nelson
Finalement, l'article s'intitule
QUELS CHEMINS DE LIBERTÉ AUJOURD’HUI ?
Job a vu les puissances qui nous fascinent et qui détruisent la Création.
au plaisir de vous lire de nouveau.
Oups, c'est la preuve que je n'ai pas lu à fond l'autre article, qui effectivement amène la référence à Béhémot.
Je vois que finalement, c'est tout une trilogie que tu nous proposes ! Dès que je sors la tête du guidon de ma paroisse, je la lirai avec un peu plus d'attention...!