La réponse que je lui ai faite concerne plus spécifiquement les « croyants » ! ~


En vérité, ceux qui savent qui est le Dieu de Job n’en savent rien. (1)
Ceux qui croient connaître le Mal, n’en connaissent pas l’étendue et la profondeur.

Pour moi, ce livre est d’abord un sérieux démenti et un sévère avertissement (2) aux amis de Job,
Job lui, reconnaît qu’il a d’abord seulement entendu parler de Dieu, (3) il est fortement attaché à Lui, il plaide à bon droit son innocence, Il réclame justice et surtout il est en quête de son Défenseur.


Job sera le seul à voir Béhémot et Léviathan. La non perception du Mal absolu est,
nous dit le livre de Job, en rapport direct avec la non perception de ce Dieu-là.

Pour mieux me faire comprendre, je vais me référer au Nazisme ; ce Mal qui est presque universellement dénoncé aujourd’hui. (4) En grande majorité, les Eglises n’ont pas vu ce qu’était le Nazisme à son avènement. D’ailleurs, elles se refusent toujours à y voir une dimension autre que morale, idéologique, ou politique, alors que c’est la dimension irrationnelle, mystique et religieuse du Nazisme qu'elles auraient du combattre en premier lieu ! Encore aujourd’hui, la plupart des théologiens eux-mêmes nient cette dimension-là et nient l’existence des religions séculières comme l’a pourtant été le Nazisme.

Dans cette Allemagne hautement cultivée et protestante des années 30 (quand on pouvait peut-être encore faire quelque chose contre le Nazisme), seule parmi les églises, la petite église confessante a ouvert les yeux et s’est opposée au Nazisme pour ce qu’il était réellement. (5) Le théologien, qui plus est chrétien, ne devait-il pas jouer le rôle essentiel et indispensable de "sentinelle" ? L’unanimisme, le conformisme, l’œcuménisme ne doit surtout pas se faire autour de Béhémot !


Encore faut-il voir Béhémot pour ce qu’Il est,
et encore faut-il agir assez tôt, pour qu’il ne soit pas trop tard !

C’est justement cette dimension mystique et religieuse que nous "oublions" de voir. (6). Nous refusons généralement de reconnaître l’existence de cette "foi" en l’idéal national socialiste.


Nous refusons toujours de reconnaître que le Nazisme est « la plus formidable explosion mystique, religieuse et irrationnelle que nous ayons connue depuis trois siècles ». (7)

"Nous" les Chrétiens "non" allemands des années 30, n’aurions-nous pas mangé de ce pain-là (8) ? Ne prétendons-nous pas toujours que nous sommes aujourd’hui dans des sociétés parfaitement "laïcisées" ?
Cette "foi" est fondamentalement incompatible avec la foi au Dieu de Job.


Pire, elle est l’arme avec laquelle cette Bête s’attaque à la Création, car
Elle est mue par "notre adoration aveugle".

Pour moi, c’est si vrai que dans le livre de Job, Dieu lui-même « porte les faces de Job… », (Job 42, 8-9 Bible de Chouraqui) littéralement, "Il le reconnaît favorablement".
Dieu n’aurait-Il pas « porté les faces des juifs » dans les années 30 ?
Ne l’aurions-nous pas vu ?


Et de qui Dieu porte-t-Il aujourd’hui les faces ?

Hitler n’est rien sans la flamme et la foi ardente de toute la nation allemande. Aujourd’hui la Technique nous propulse dans un monde "surhumain" seul digne de notre adoration. Cependant, la Bête n’est rien sans notre flamme et notre foi ardente dans ses promesses, dans ses miracles et dans toutes ses glorieuses victoires.


La Bête fait véritablement de nous des possédés (2 -7)
alors que nous nous croyons libres (9) !

Refuserons-nous jusqu’au bout de voir Béhémot pour ce qu’il est ? Attendrons-nous qu’il soit trop tard ? Au prix de quel sacrifice planétaire continuerons-nous de le vénérer ?
Choisirons-nous un jour de vivre "libres" sans Béhémot pour Maître ?


Christian Moreau 21 08 2010


(1) « Contrairement à mon serviteur Job, vous n’avez pas dit la vérité sur moi » (Job 42, 7).

(2) « Afin de ne pas faire de vous une charogne » (Job 42, 8 -bible de Chouraqui-)

(3) « Par ouï-dire j’avais entendu parler de toi, mais à présent, mon œil t’a vu » (Job 42, 5).

(4) Sauf pour certains négationnistes qui sévissent dans l'ombre encore aujourd'hui !

(5) « L'Eglise d'Allemagne n'est pas un organisme d'Etat et n'a d'autre fondement que la parole de Dieu. » synode de Barmen, Karl Barth, mai 1934.
La déclaration théologique de Barmen est un texte fondamental d'opposition chrétienne au Nazisme. Karl Barth a été suspendu à cause de son refus de prêter serment au Führer et il a été expulsé d'Allemagne.

(6) « Tout le monde se mit à "adorer" le Dragon parce qu’il avait donné son pouvoir à la Bête. Ils "adorèrent" également la Bête… » (Ap, 13,4)

(7) "Les nouveaux possédés" de J. Ellul. Ch 5-6

(8) N’aurions-nous pas accepté, sinon encouragé l’"unification" de toutes les Eglises au sein de l’«Eglise protestante du Reich » ! -75% des protestants ont apporté leur caution au programme du Führer lors des élections de 1933-
Seule, parmi les Eglises, la petite Eglise confessante qui a vu la vraie nature du Nazisme s’y est fondamentalement opposée.

(9) "L’Ethique de la Liberté" tome 1, 2, 3 - J. Ellul- (Labor et fides 1973-1984))



PS : Pour finir, deux citations en rapport direct avec le livre de Job :


l’une est une parole de Jésus qui pour nous Chrétiens retentit comme dans le livre de Job :

« ..si vous (les pharisiens) étiez aveugles, leur répond Jésus, vous n'auriez point de péché mais maintenant vous dites : "nous voyons"; votre péché demeure. » (Jean, IX, 41)

En sachant que le péché c’est le contraire d’« être devant Dieu » comme le dit si bien Kierkegaard. En l’occurrence, les Pharisiens ne « voient » pas « devant qui ils sont » !


L’autre citation est le poème d’Edvard Munch (1892)

Je longeai le chemin avec deux amis.

Soudain le soleil se coucha.

Je le ressentis

comme un soupir mélancolique.

Le ciel devint tout à coup

rouge couleur de sang.

Je m'arrêtai, et épuisé à mort

m'adossai contre une barrière.

Je vis le ciel enflammé,

le fjörd et la ville

étaient inondés de sang

et ravagés par des langues de feu.

Mes amis poursuivirent leur chemin,

je tremblais d'angoisse.

Et je sentis

la nature traversée par un long cri infini.


Edvard Munch