C'est pour défendre la pratique de ce dernier que le récit insiste sur le fait que Dieu se reposa le 7° jour ; certaines traductions (ex. la bible de Jérusalem) qualifie ce jour de jour "chômé" par Dieu. Quelques fois, nous disons que le dimanche est un jour "Chômé". Mais alors de quoi parle t-on quand on parle du " chômage" ? De nos jours, ce terme a pris un sens péjoratif, c'est un mal sournois qui gangrène toute notre société. C'est devenu une façon inégalitaire et " totalitaire" de réduire le temps de travail entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas, entre ceux qui ont un emploi et ceux qui en sont exclus. La raison en est que l'homme est remplacé par les machines et son salaire, devenu une " variable économique" est facilement éliminé au nom la productivité pour, à l'occasion des crises augmenter les bénéfices de l'entreprise et les dividendes des actionnaires. Ce chômage, forcé et discriminatoire, qui a des conséquences morales et psychologiques graves, crée une société minée par le désespoir et la précarité. Ce qui est pervers dans cette situation, c'est que les économistes libéraux qui sont opposés à un autre partage du temps de travail plus équitable, ne veulent pas admettre que cette apparition du chômage de masse est une forme injuste du "réduction du temps de travail" (une RTT). Elle crée une société duale, à deux vitesses, insupportable où les pauvres sont toujours plus nombreux et plus pauvres et les riches de plus en plus riche, une "société-sablier". Comment sortir de cette impasse ? Comment résorber ce chômage indigne ? D'abord en reconnaissant que sortir de la crise par la relance de la croissance n'est plus une bonne solution. D'une part cela augmente empreinte écologique que tout le monde s'accorde pour diminuer et d'autre part ce serait reprendre la spirale " production-consommation" aliénante pour l'homme et créant un monde purement matérialiste. Dans ce sens, le slogan " travailler plus pour gagner plus" était une aberration, quand on sait que les heures supplémentaires prestées par quelques-uns uns auraient pu fournir un emploi stable aux jeunes qui entrent sur le marché du travail. Cette façon d'accentuer le fossé entre les générations est vraiment immorale. Une société du " vivre ensemble" ne peut exister pacifiquement que dans le partage. La seule solution crédible pour retrouver une société de plein emploi est le partage du temps de travail. Il est urgent de retrouver l'esprit de la Genèse, ce bel équilibre entre travail et loisir, pour tous. "Travailler moins pour vivre mieux" est possible dans la mesure où le temps de travail est mieux réparti sur l'ensemble des travailleurs, chacun cédant quelques heures de son temps de production pour que tous puissent avoir une activité rémunérée. Certes, pour finaliser ce beau projet que d'aucun trouvera utopique, il faut deux conditions : D'une part, il est nécessaire que les gains de productivité soient ristournés aux travailleurs au lieu de favoriser la baisse des coûts et la hausse des profits. Première condition. Ensuite, il est nécessaire de réapprendre le " bon usage" de ce "temps libéré ". Il ne sera bénéfique que si chaque travailleur se désintoxique de la mentalité productiviste ambiante. Si ce temps libre consiste à faire du travail en noir, des heures supplémentaires, ou à consommer d'avantage, le but poursuive ne sera pas atteint. Le temps libre doit devenir, par contre, un temps consacré au lien social et à la créativité. Il faut orienter ces activités de loisirs vers l'auto production, savoir-vivre sur ces propres productions. Le sociologue américain E.Toffler appelait cela de la "prosommation", c'est à dire produire soi -même sa propre consommation. Dès lors, la richesse ne sera plus l'argent, ni le temps de travail mais le temps libre, lui-même devenu productif et créateur. Dans ce sens, le slogan " Le temps, c'est de l'argent" pourrait prendre un autre sens.

Jean-Marie Delcourt