Cantique : pour que le jour qui se lève soit plus beau


Qu'est devenu le corbeau du Déluge ? Avez-vous de ses nouvelles ? Il n'est jamais revenu et pourtant sa place reste toujours marquée. Des milliers d'années plus tard, nous continuons à scruter les cieux et les écrits à la recherche du corbeau perdu. Il sort, il fait d'incessants va-et-vient et puis il disparait... Et il n'y a pas que les chrétiens érudits qui connaissent l'histoire du corbeau et de la colombe, il y a des milliers d'enfants de l'école du dimanche qui posent d'année en année la petite question à leurs moniteurs dépourvus de réponse. Dis, qu'est-ce qu'il est devenu le corbeau ? Et, pire encore, il y a des milliers d'adultes juifs, l'élite de leurs sages et de leurs scribes, qui se penchent avec prudence et respect sur son cas. Des milliers d'experts de l'Unicef, ONU, Cold case, NCIS et FBI portés disparus.. Heu ! excusez-moi je m'égare. Mais c'est pour dire que beaucoup de monde s'interresse à l'histoire de Noé pas seulement les religieux mais aussi les savants de l'histoire comparée des religions.


Pourquoi ce corbeau a tellement d'importance ?

Vous le comprenez bien, c'est à cause de la colombe qui, elle, est revenue. Deux fois elle s'est posée à nouveau sur la main de Noé. Un petit verset sans importance qui a fait le tour du monde et des nations -unies ou désunies- pour devenir le symbole universel de la paix. "La colombe revint vers lui sur le soir, et dans son bec une branche d'olivier" Genèse 8v11. Le monde entier la dessine et l'implore sur toutes les terres en guerre et en feu ; on l'a associée au baptême du messie au Jourdain ; on la pare de plumes blanches symbole de pureté, alors que, vraissemblablement, il s'agissait d'une tourterelle turque au plumage chamaré de roux, de cuivre et d'argent, de celles que l'on croise, parfois, au jardin du Luxembourg ou au square Villemin, parmi la racaille des pigeons vulgaires. Voyons donc ce qu'il s'est passé du côté de Colombe.

Pourquoi la colombe est-elle revenue ?

Eh bien, parce que c'était le culte de rentrée elle avait bien hâte de retrouver son ami Noé, son patriarche. Comme vous, vous avez bien hâte de retrouver votre bon pasteur, prendre des nouvelles de sa santé et lui raconter ce que vous avez vécu au loin pendant tout ce temps de la séparation. La Bible nous indique que la première fois qu'elle est revenue c'est parce qu'elle n'avait pas trouvé de lieu où poser sa patte. Dans ce monde dévasté, en proie à la pire des catastrophe planètaire, la montée des eaux, le réchauffement excessif de la planète dû à l'incommensurable bêtise humaine, il n'y avait pas de place pour une simple colombe. Elle est revenue vers son dernier refuge en temps de crise : la main de son maître.

Et nous aussi quand tout va mal, quand nos vies basculent dans l'horreur, quand nous n'arrivons plus à envisager l'avenir, quand la situation devient désespérante nous nous réfugions dans le dernier endroit stable connu. Et c'est bien souvent la réalité de nos églises, dernier refuge des laissés pour compte, des exilés, des abandonnés, des chômeurs en fin de droit, des vieux et des malades en fin de vie. Sous nos apparences de blanches colombes, nous portons bien des échecs et des déceptions. Nos blessures, nos angoisses entrent avec nous, ce qui ne facilite pas toujours l'harmonie de la vie communautaire. Nous avons tant besoin de repos et de consolation pour nous mêmes qu'il nous est douloureux d'entendre ces multiples appels que nous adresse la communauté : prends soin de ton prochain, ne te détourne pas de celui qui est ton frère, participe aux services : la diaconie, l'offrande, la préparation des journées Amitié, le rangement, le nettoyage des sanitaires, la compta, les articles dans la presse, les affiches, les enfants de l'école biblique, le comité Initiatives, le groupe théatre... Nous sommes comme la colombe, épuisés et accablés. Notre seule envie ? Fuir ce monde de bruits et de chaos et nous réfugier sous le manteau de Noé. Et nous avons bien raison.

Le corbeau, lui ne rentre pas; il affronte seul le danger. Il va et vient au dessus des eaux saumâtres. Lui c'est un charognard, il se nourrit du cadavre de ce monde en putéfraction. Qu'importe l'odeur fétide des poissons axphyxiés, il trouvera toujours le moyen de se débrouiller et un jour, il en crévera seul, sans état d'âme et d'autres se précipiteront sur sa dépouille.

Mais la colombe reprend des forces et la voilà qui s'aprête à repartir, il en faut du courage pour retourner se battre dans un univers hostile, Noé l'encourage à vivre l'aventure grandeur nature : arrête de te désoler, sors de tes cachettes et de tes confortables tiroirs aux excuses ; va revoir le monde et que ton regard soit sans cesse renouvelé, pars à la conquête de ces vastes espaces. Le monde t'appartient, tu es partout chez toi aucune frontière ne monte jusqu'au ciel, nul ne pourra mettre de limites à ta liberté, va avec la force que tu as, va et vole et chante de toute ton énergie. Ce matin-là un vent de liberté emporte la colombe.

La colombe en Hébreu porte le même nom que le prophète Jonas que le Seigneur voulait envoyer crier contre Ninive pour la sortir de ses aveuglements, et de sa grande méchanceté, sa conduite intolérable, sa corruption, sa barbarie. Mais Jonas a préféré se réfugier à fond de cale. Il est plus facile de se boucher les oreilles et de renoncer à se battre pour un monde meilleur que de déployer les ailes de la liberté. L'aventure nous effraie, les appels que nous adresse le Seigneur nous paraissent des missions impossibles. Nous avons peur des monceaux de montagne qu'il nous faudrait déplacer...


Pour la seconde fois, la colombe revient vers le soir.

Et elle apporte à Noé un rameau d'olivier, et Noé sut que les grandes eaux avaient reculé et que la vie des végétaux étaient hors de danger et que la forêt Amazonienne était sauvée, la couche d'ozone reconstituée, le pôle glaciaire avait repris sa place et l'eau de source ne serait désormais plus polluée et qu'il pouvait quitter sa forteresse de bitume. L'aventure grandeur nature pouvait reprendre et Dieu lui même s'engageait à protéger la Création au moyen de son arc multicolore diffusant le spectre de sa lumière sur toute la planète. La colombe aurait pu ne pas rentrer. Elle avait trouvé un lieu pour poser ses pattes et tisser son nid. Mais si elle n'était pas revenue Noé n'aurait jamais rien su de son bonheur. Il aurait peut-être imaginé qu'elle était morte quelque part et que ciel s'était à jamais fermé à la vie. Elle lui a juste donné un petit signe de vie, et puis elle est repartie pour de bon, vers d'autres horizons et cela a suffit à Noé : lui aussi a pu reprendre sa vie et libérer les autres animaux qu'il tenait captifs.. Au culte de Rentrée nous échangeons ces petits signes de vie et ça redonne du sens à nos vies, à nos luttes, à nos quêtes. Et le Seigneur est là qui nous donne un signe : une croix dépouillée, un tombeau vide, une pierre roulée. Jésus nous offre le signe de la colombe Yona : il revient après sa mort pour attester que la vie a repris, que le ciel est ouvert, le voile déchiré, et que le Royaume de Dieu est à portée de notre main. Le vent de l'Esprit repose sur nos épaules, tel une colombe, prêt toujours à nous propulser dans l'aventure grandeur nature, la vie, la vraie loin de nos étroitesses et de nos misérables replis. C'est lui qui nous appelle à ce va et vient continu entre les deux mondes, porteurs d'espérance, porteurs de consolation, porteur de paix.


Vient maintenant l'autre histoire d'oiseaux.

Le verset 7 du chapitre 8 de Jérémie. Il s'agit de l'observation d'ornithologie simple : Même la cigogne reconnait sa saison dans le ciel ; la colombe, l'hirondelle ou la grue respectent l'échéance de leur migration, mais qu'en est-il du peuple de D.ieu ? Il va, il va toujours plus loin, c'est toujours une fuite en avant et il oublie de revenir auprès de son Créateur. Il se sait libre, il se croit invincible et il en perd la boule, il perd la notion du temps. Il rate son rendez-vous, il ne se présente pas au culte de rentrée. Il oublie aussi le rythme des saisons, le temps des semailles et des moissons, le temps alterné du travail et de la pause, de l'action et de la louange, des jours ouvrés et des jours fériés. La loi universelle qui régit les migrations de l'hirondelle ou de la cigogne correspond à une leçon de sagesse. On ne peut pas rester toujours à la même place. Rester trop longtemps en Alsace ou au Désert c'est risquer sa vie. Nous ne pouvons pas nous enfermer ici dans cette arche qui nous protège et nous rapproche de la parole de D.ieu mais nous ne pouvons pas non plus rester trop longtemps éloignés de cette base qui sert de nid et de tremplin pour l'aventure. Nous sommes un peuple en marche et en tension, nous sommes en chemin sur une passerelle qui mène du monde vers D.ieu et de D.ieu vers le monde. C'est notre pélerinage sur cette terre d'accueil.

Aujourd'hui dimanche, notre Eglise est rassemblée par le Père céleste et le Christ vivant et l'Esprit consolateur. Que nous soyons hirondelle, corbeau,tourterelle, grue ou cigogne nous trouvons là la lumière et la nourriture dont nous avons besoin. Aujourd'hui nous puisons des richesses qui vont fortifier nos âmes fragiles et ranimer notre esprit d'aventure et de service. Aujourd'hui, nous repartirons avec sur nos fronts et dans nos mains la bénédiction que le Seigneur adresse à toute sa création : j'ai mis mon arc dans le ciel et je m'engage à vos côtés pour le bonheur et pour la vie. A nous de retransmettre ce message dans nos millieux professionnels, relationnels, scolaires, familliaux et aussi sur la place publique : porteurs de paix et d'espérance. Amen.


Orgue

Chant du psaume 24 La terre au Seigneur appartient