« Il convient aussi de s’interroger sur la juste place de la technique....» Benoît XVI
Par christian le lundi 18 juillet 2011, 18:14 - Textes de références et décisions d'églises - Lien permanent
Arbre
couché -Soutine C. (1893-1943)
À quoi bon s’offusquer et faire remarquer
que cette réflexion a bien été conduite depuis les années 1950,
mais que cette analyse sur la juste place de la technique a été
ignorée et écartée y compris au sein de nos Eglises ? Les témoignages ne
manquent pas. Il n’est pas anodin de signaler que deux ouvrages écrits dans les
années 80 : "Théologie et Technique" et "Ethique de la
Sainteté" ne sont toujours pas parus ! Et pourtant, se pourrait-il
qu’un jour leur auteur soit déclaré « Le plus grand théologien du
siècle » comme l’avait été K. Barth par Jean XXIII ? Le discours du
Pape Benoît XVI –tiré de Radio Vatican- a été prononcé en français :
"Benoît XVI inquiet pour l'avenir de l'humanité dominée par la
technique"
voir notre dernier article sur la Technique :
Seule vraie alternative au Chaos concocté par la Technique : L'ESPRIT DE
LA NON PUISSANCE
Extrait- Radio Vatican-
Benoît XVI inquiet pour l'avenir de l'humanité dominée par la
technique
En recevant, jeudi 9 juin au Vatican, six nouveaux Ambassadeurs
(Moldavie, Guinée équatoriale, Belize, Syrie, Ghana et Nouvelle Zélande), venus
lui présenter leurs lettres de créance, le Pape a évoqué les
innombrables tragédies qui ont récemment touché la nature, la technique et les
peuples. Sans jamais nommer la catastrophe de Fukushima, au Japon, il
a exhorté les États à entamer une réflexion sur l’avenir à court terme de la
planète, en s’interrogeant sur la juste place de la technique.
Hélène Destombes
« …Le premier semestre de cette année a été marqué par d’innombrables
tragédies qui ont touché la nature, la technique et les peuples. L’ampleur de
telles catastrophes nous interroge. C’est l’homme qui est premier, il est bon
de le rappeler. L’homme, à qui Dieu a confié la bonne gestion de la nature, ne
peut pas être dominé par la technique et devenir son sujet. Une telle prise de
conscience doit amener les Etats à réfléchir ensemble sur l’avenir à court
terme de la planète, face à leurs responsabilités à l’égard de notre vie et des
technologies. L’écologie humaine est une nécessité impérative. Adopter en tout
une manière de vivre respectueuse de l’environnement et soutenir la recherche
et l’exploitation d’énergies propres qui sauvegardent le patrimoine de la
création et sont sans danger pour l’homme, doivent être des priorités
politiques et économiques. Dans ce sens, il s’avère nécessaire de revoir
totalement notre approche de la nature. Elle n’est pas uniquement un espace
exploitable ou ludique. Elle est le lieu natif de l’homme, sa "maison" en
quelque sorte. Elle nous est essentielle. Le changement de mentalité dans ce
domaine, voire les contraintes que cela entraîne, doit permettre d’arriver
rapidement à un art de vivre ensemble qui respecte l’alliance entre l’homme et
la nature, sans laquelle la famille humaine risque de disparaître. Une
réflexion sérieuse doit donc être conduite et des solutions précises et viables
doivent être proposées. L’ensemble des gouvernants doit s’engager à protéger la
nature et l’aider à remplir son rôle essentiel pour la survie de l’humanité.
Les Nations Unies me semblent être le cadre naturel d’une telle réflexion qui
ne devra pas être obscurcie par des intérêts politiques et économiques
aveuglément partisans, afin de privilégier la solidarité par rapport à
l’intérêt particulier. Il convient aussi de s’interroger sur la juste place de
la technique. Les prouesses dont elle est capable vont de pair avec des
désastres sociaux et écologiques. En dilatant l’aspect relationnel du travail à
la planète, la technique imprime à la mondialisation un rythme particulièrement
accéléré. Or, le fondement du dynamisme du progrès revient à l’homme qui
travaille, et non à la technique qui n’est qu’une création humaine. Miser tout
sur elle ou croire qu’elle est l’agent exclusif du progrès, ou du bonheur,
entraîne une chosification de l’homme qui aboutit à l’aveuglement et au malheur
quand celui-ci lui attribue et lui délègue des pouvoirs qu’elle n’a pas. Il
suffit de constater les "dégâts" du progrès et les dangers que fait courir à
l’humanité une technique toute-puissante et finalement non maîtrisée. La
technique qui domine l’homme, le prive de son humanité. L’orgueil qu’elle
engendre a fait naître dans nos sociétés un économisme intraitable et un
certain hédonisme qui détermine subjectivement et égoïstement les
comportements. L’affaiblissement du primat de l’humain entraîne un égarement
existentiel et une perte du sens de la vie. Car la vision de l’homme et des
choses sans référence à la transcendance déracine l’homme de la terre et, plus
fondamentalement, en appauvrit l’identité même. Il est donc urgent d’arriver à
conjuguer la technique avec une forte dimension éthique, car la capacité qu’a
l’homme de transformer, et, en un sens, de créer le monde par son travail
s’accomplit toujours à partir du premier don originel des choses fait par Dieu
(Jean-Paul II Centesimus annus, 37). La technique doit aider la nature à
s’épanouir dans la ligne voulue par le Créateur. En travaillant ainsi, le
chercheur et le scientifique adhèrent au dessein de Dieu qui a voulu que
l’homme soit le sommet et le gestionnaire de la création. Des solutions basées
sur ce fondement protégeront la vie de l’homme et sa vulnérabilité, ainsi que
les droits des générations présentes et à venir. Et l’humanité pourra continuer
de bénéficier des progrès que l’homme, par son intelligence, parvient à
réaliser. Conscients du risque que court l’humanité face à une technique vue
comme une "réponse" plus efficiente que le volontarisme politique ou le patient
effort d’éducation pour civiliser les mœurs, les gouvernants doivent promouvoir
un humanisme respectueux de la dimension spirituelle et religieuse de l’homme.
Car la dignité de la personne humaine ne varie pas avec la fluctuation des
opinions. Respecter son aspiration à la justice et à la paix permet la
construction d’une société qui se promeut elle-même, quand elle soutient la
famille ou qu’elle refuse, par exemple, le primat exclusif de la finance. Un
pays vit de la plénitude de la vie des citoyens qui le composent, chacun étant
conscient de ses propres responsabilités et pouvant faire valoir ses propres
convictions. Bien plus, la tension naturelle vers le vrai et vers le bien est
source d’un dynamisme qui engendre la volonté de collaborer pour réaliser le
bien commun. Ainsi la vie sociale peut s’enrichir constamment en intégrant la
diversité culturelle et religieuse par le partage de valeurs, source de
fraternité et de communion. La vie en société devant être considérée avant tout
comme une réalité d’ordre spirituel, les responsables politiques ont la mission
de guider les peuples vers l’harmonie humaine et vers la sagesse tant désirées,
qui doivent culminer dans la liberté religieuse, visage authentique de la
paix…»
Benoît XVI