SOMMAIRE

1) Le dieu du déterminisme ; du roseau pensant au joyeux ordinateur
2) Le dieu de la liberté ; Celui qui vient librement
3) Le Dieu de l’Alliance ; Celui qui inter -vient



1) Le dieu du déterminisme ; du roseau pensant au joyeux ordinateur



Tous les génies qui peuplaient la vie quotidienne des Romains, qui sur le fronton de leurs maisons, de leurs porches, de leurs sources, qui pour leurs pays, leur santé, leur famille….. les protégeaient dans leur vie de tous les jours. Tous ces génies résident dans les sphères célestes. Nous pouvons les rapprocher des saints protecteurs, des anges gardiens, ou de tout autre bonne étoile, … qui sont toutes et tous parfaitement invisibles, mais à qui beaucoup confient leur vie.


Cette invisibilité de la sphère divine est à rapprocher de notre cécité face aux religions séculières

Quand la religion ne vient pas d’en haut, elle n’a pas besoin de s’incarner. L’homme qui est habité par une religion quelle qu’elle soit, pensera que le bien ici-bas s’obtient grâce au dieu auquel il adhère. L’amour de l’argent par exemple a de tout temps rempli cette fonction. C’est pourquoi nous y reconnaissons une puissance de rang divin appelée Mammon. Mais Mammon a dû composer avec beaucoup plus fort que lui.

Les religions séculières ont animé d’authentiques nazis, maoïstes, communistes, Khmers qui pensaient –quoiqu’on en dise- instaurer un monde meilleur, -aussi digne que celui d’Aldous Huxley ! Ils étaient anti-bourgeois, anti-capitalistes et avaient tous l’espoir de sauver l’humanité, qui en régénérant la race, qui en modelant l’homme nouveau, qui en instaurant un ordre censé apporter le salut universel à l’humanité entière… La réalité est tout autre, nous le savons bien aujourd’hui, après tous ces camps, toutes ces exterminations de masse, tous ces lendemains qui déchantent...

Après coup, la majorité de ceux qui ont participé à l’instauration de cet enfer sont soit dans le déni de la réalité et de leur responsabilité, soit dans la reconnaissance de leur cécité : « nous n’avons pas voulu cela » ou bien, ils ne donnent aucun signe de récusation, et manifestent une absolue inconscience.

Mais que dirons-nous aujourd’hui du réchauffement climatique qui nous guette ? Nous sommes happés par des mirages qui sont censés nous garantir le bonheur, la réussite, la santé,….. et un avenir radieux pour toute l’humanité ! « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs…… La Terre et l'humanité sont en péril, et nous en sommes tous responsables » a-t-on dit lors d’un Sommet mondial du développement durable ! !


Et comme d’habitude, nous ne voyons rien venir. Ces nouveaux génies nous poussent presque malgré nous à faire abstraction de la réalité et de la rationalité, avec très souvent la justification d’agir pour le bien de l’humanité.

Ne prétendons-nous pas que seule la technique est capable de combler tous nos besoins y compris alimentaires ? Face aux démographies galopantes, c’est uniquement grâce aux miracles de la technique (économique, agronomique, génétique, psychologique, de production, ...etc.) que nous ferons face à tous les besoins et défis planétaires ! L’apparition de l’ « homme nouveau » aurait pourtant dû nous donner à penser. Nous ne le voyons pas, alors même qu’il est l’objet d’un concert de louanges universelles.

L’homme actuel n’existe plus qu’au travers de situations, de comportements, de gestes strictement régis par la Technique. Nous ne décidons plus nous-mêmes du chemin à suivre ; ce chemin nous est dicté.


L’homme s’est donné à la technique pour qu’elle le sublime et qu’elle fasse de lui un homme nouveau. Et le joyeux ordinateur vint opportunément remplacer le roseau pensant


2) Le dieu de la liberté ; Celui qui vient librement



L’Inconnaissable, L’Insaisissable, L’Inconditionné… Nous pourrions continuer la liste pour indiquer que Dieu, si il est vraiment Dieu, ne peut que nous échapper. Si il est vraiment Dieu,


Dieu est hors champ de notre monde. Il ne fait justement pas corps avec lui.

Nous voudrions oublier que Dieu est libre, absolument libre, subordonné à aucune condition, à aucun conditionnement à aucun déterminisme quel qu’il soit. Il est l’Inconditionné. Nous sommes tellement sous le poids de notre propre conditionnement, de notre propre déterminisme que la notion même d’In -conditionné a fini par nous échapper (ce qui, au fond est bien normal ! ). Si vraiment l’Inconditionné existe, ce ne peut être que parce qu’Il se manifeste, se révèle à l’homme.


En effet, ce Dieu-là, aucun prestidigitateur ne pourra le faire apparaître.

Il est Autre, il est le Tout –Autre. Si il est notre construction consciente ou inconsciente, il est peut-être notre dieu (idole dans la Bible), mais ce ne sera qu’un dieu de plus, un dieu de notre monde, un dieu du monde, car nous l’aurons bel et bien fabriqué. Comme nous le constations dans le paragraphe précédent, ce dieu fabriqué a lui aussi la propriété de ne pas se voir comme tel, Aux yeux même de beaucoup de théologiens, les religions séculières n’existent pas. On ne parlera que d’idéologie, donc de rationnel, et nous omettrons la dimension religieuse qui va de pair avec l’édification de cet homme nouveau qui nous semble à tous, la plus naturelle du monde, la plus normale du monde.


L’édification d’un nouvel homme passe pour une démarche la plus louable qui soit. L’homme se fait un "nom"et par là même il se donne les attributs d’un dieu.

Et pourtant, ce n’est pas un hasard si dans la Bible c’est Dieu qui nomme, c’est Dieu qui donne un nom ! Dieu donne le nom d’ Abraham à Abram, de Sara à Saraï, d’Israël à Jacob. Jésus donne le nom de Céphas à Simon et Saül s’appellera Paul... et ce n’est pas non plus un hasard si c’est l’homme qui nomme les animaux ; c’est d’ailleurs à ce moment précis que l’homme est associé à la Création ! C’est à ce moment précis que l’homme prend réellement sa place au sein d’une création dont il prendra soin –comme Dieu a soin de sa Création- !


Prendre soin de la Création, voilà ce qui caractérise l’homme et fait de lui un être créé -à l’image de Dieu- ! L’homme n’est pas en soi –à l’image de Dieu- : il est un être libre qui accède à l’humanité en vivant en tant qu’être créé à l’image de Dieu.

L’homme fait naître l’animal à sa place d’être vivant « créé ». Mais ce n’est pas tout à fait ce que nous faisons aujourd’hui à l’égard de certains animaux à qui nous faisons subir des souffrances parfois atroces, ignominieuses. Ces pratiques cruelles sont tout aussi condamnables que les pratiques cruelles contre l’homme.


Et voici comment sont traités les sans –nom, ceux à qui on ne reconnaît pas le nom d’homme, ceux à qui on ne reconnaît pas le nom d’animal.

Ainsi, comme à Babel, l’homme se fait un nom et il se donne les attributs d’un dieu. « Allons, bâtissons-nous une ville, et une tour dont le sommet atteigne jusqu'aux cieux ; et faisons-nous un nom » (Gen. 11, 4). L’homme atteint les cieux et il érige un dieu au travers duquel tout le monde et chacun communie dans l’uniformité et la conformité, (« Et toute la terre était lèvre unique et paroles uniques » Gen. 11, 1) et non pas dans la liberté et la singularité.

C’est Dieu "le même" (que nous !) en tous et pour tous, mais ce n’est en rien "le Tout- Autre" dont nous parle la Bible. Ce dieu n’est en rien Celui qui vient à nous dans son infinie liberté (1)


« Or Dieu descendit pour voir la ville et la tour que les hommes bâtissaient..» Genèse 11, 5




3) Le Dieu de l’Alliance ; Celui qui inter -vient



Quand Moïse s’insurge et dit que personne ne le croira si il annonce qu’il est envoyé. Quand Moïse réclame de savoir qui l’envoie ; Il lui est répondu ; « Tu leur diras « Je Suis m’a envoyé vers vous… ». Ce mot a intrigué plus d’un philosophe. Que peut-on bien vouloir dire par « Je suis » sinon, « J’existe ». En effet, « l'existence désigne le fait d'être » nous dit le dictionnaire. Signalons le « ex », comme extérieur. « Qu’est-ce qu’exister ? » dira le philosophe (2) « Ex-sister, au sens strict, c’est se tenir hors de soi, en avant de soi, c’est se tenir « ouvert ».


Le « Je suis » s’annonce à Moïse et l’envoie –en son nom- auprès du peuple Hébreu

Nous sommes bien là face à un Dieu externe à l’homme. On peut bien évidemment considérer qu’il s’agit d’une construction mythologique comme on en voit dans toutes les autres civilisations… Certes, et alors ?

Qu’il faille en recourir au mythe pour nous représenter quelque chose de l’ordre de la transcendance, quoi de plus normal ? Que certains mythes de la Bible émanent pour partie de mythes déjà existants dans les civilisations voisines, cela ne doit pas nous surprendre ; les auteurs de ces Mythes les ont "utilisés" sciemment, ils les ont même "dévoyés" sciemment, comme cela apparaît clairement dans la Bible !

C’est d’ailleurs grâce à ces correspondances que nous avons pu dater historiquement certains textes comme celui de la Genèse qui remonterait aux alentours de la période de la déportation à Babylone !


Le mythe n’a pas la prétention de proposer une compréhension objective de quelque chose qui ne l’est pas et qui ne peut pas l’être. Peut-on évoquer la création de notre univers autrement que par un mythe ? autrement qu’en posant la question de "l’avant" Big-Bang ?

Mais alors, si cela est un mythe, cela n’a aucune réalité, c’est une pure et simple fiction.

Et bien, justement cela peut être l’inverse d’une fiction. L’élaboration de la Bible a dû s’étaler sur une dizaine de siècles et comme je le disais précédemment, la Genèse, elle, a du être écrite aux environs du sixième siècle avant notre ère. Les descendants du peuple hébreu ont -nous disent-ils- vécu leur histoire comme étant accompagnée par une présence, par une parole, par une force qui émanait de l’extérieur de leur propre rang….. Cette présence, cette parole, cette force… externe, ils ne lui ont à juste titre jamais donné de nom. Le mot même de YHWE est imprononçable. Ce « Je » n’a jamais été le leur.

Ce « Je » s’est adressé à eux, -en tout cas, c’est comme cela qu’ils l’expriment-, et ce « Je » s’est progressivement découvert –on dirait aujourd’hui, que ce « Je » a fait preuve de pédagogie. Au fur et à mesure des expériences vécues, ce peuple a découvert de plus en plus distinctement (et pas uniquement en 30 ans) qui était Celui qui s’adressait à eux.

Cette connaissance culmine en Isaïe et en Jérémie, quand il est dit « Je t’aime d’un amour éternel ». Toute la Bible est sous-tendue par cette révélation "mystérieuse". On parle souvent de mystères dans beaucoup de textes de religieux ou de mystiques. Mais tous ces mystères qui sont parfois plus ou moins ésotériques nous font oublier une des paroles les plus mystérieuses qui soit : comment se fait-il que ce « je » nous aime ? comment se fait-il que Dieu voue son amour à la création ?


Au fond, le livre de la Bible en arrive à poser l’origine de toute cette histoire, l’origine de toute notre histoire humaine en nous révélant ce grand mystère et en mettant ces mots extraordinaires dans la bouche de Dieu : « Je t’aime d’un amour éternel » ( Jér. 31, 3 )

Ces mots s’adressent à un peuple qui avait pour vocation, de nous faire connaître l’Amour que Dieu porte à toute la création. L’Alliance touche les hommes comme les animaux, ne l’oublions pas, et l’arc en ciel n’est pas réservé à un peuple en particulier. Mais ce peuple particulier a sauvegardé jusqu’à nos jours l’hébreu et la Bible de l’abandon, de l’oubli, et finalement de la disparition. Jésus lui-même reprend à son compte la Thora dans son entier, pas un seul iota ne sera oublié. Les Chrétiens croient que Jésus a bien accompli la Thora, toute la Thora, c'est-à-dire qu’il a révélé, jusqu’au plus petit iota, tout l’Amour que Dieu porte à la création (3). Les chrétiens croient qu’il est le messie qui reviendra à la fin des temps. Les Juifs, eux, croient que le messie qu’ils ont annoncé viendra à la fin des temps et il est troublant d’entendre André Chouraqui nous dire qu’il aura sûrement le visage du Christ ! Cette venue est la révélation concrète de l’Amour mystérieux que Dieu porte à la création à laquelle il continue de se donner mystérieusement ;


« Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi. » (Ap. 3, 20)

Nous sommes loin d’un dieu qui nous "soumettrait"(4), bien plus loin encore d’un dieu qui nous soumettrait à la tentation ! Son amour pour nous est inexplicable ; Dieu est l’Inconditionné. Cet amour qu’on appelle agapé (5) est parfaitement indissociable de la liberté, il exclut toute contrainte et tout conditionnement quels qu’ils soient.


L’amour se donne et se reçoit librement, sinon ce n’est pas l’amour.



Christian Moreau

Beaulieu sous Parthenay le 25 Août 2012


1) « Il y a une entière liberté de l’homme pour faire son histoire, jouant à l’intérieur de la liberté de Dieu » nous dit Karl Barth (Jean XXIII le qualifiait de plus grand théologien du XXe siècle )

(2) Existence, Crise et création (ECC), de Maldiney éd. Encre Marine, La Versanne, 2001, p. 76.

(3) Initialement l’évangile c’est la "Bonne Nouvelle" qui émane directement de… l’Empereur ! Ce sont les hauts faits de l’Empereur ! Les premiers chrétiens ont volontairement travesti ce terme et l’ont appliqué à leur Seigneur. De fait, ils ont refusé de servir le culte impérial au péril de leur vie.

(4) La soumission n’est pas la liberté. Pourquoi avoir introduit ce terme dans le notre Père à la fin des années 60 ? Il est vrai qu’au nom du monothéisme, j’entends de plus en plus souvent des chrétiens confondre le dieu de l’Islam (terme qui signifie soumission) avec le dieu du Christianisme. Aujourd’hui, toutes les religions se valent et nous prions le même dieu m’a-t-on expliqué.

(5) Là encore, il n’est pas inutile d’indiquer de quel amour il s’agit ! Beaucoup de jeunes n’ont jamais entendu parler de l’Amour au sens d’agapé !
« Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas l'amour, cela ne me sert à rien. L'amour est patient, il est plein de bonté ; l'amour n'est point envieux ; l'amour ne se vante point, il ne s'enfle point d'orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche point sont intérêt, il ne s'irrite point, il ne soupçonne point le mal, il ne se réjouit point de l'injustice, mais il se réjouit de la vérité ; il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. L'amour ne périt jamais. » (1 Cor. 13, 3-8)