Beaucoup de personnes se préoccupent des questions environnementales avant tout parce qu’elles ont peur et sont inquiètes pour leur propre santé, ce que l’on peut comprendre. Pour introduire notre débat, je voudrais juste rappeler comment a évolué le concept de santé au cours du dernier siècle. Si l’on cherche une définition de la santé, on en trouve en fait des dizaines ! Je n’en retiendrai que 3 qui montrent l’évolution de l’idée que l’on s’en fait.

Pour Freud et pour beaucoup d’auteurs du XXème siècle, la santé se définit comme « l’aptitude au travail et à la jouissance ». On voit dans cette définition une adaptation évidente à la société industrielle fondée sur la production et la consommation. Cette aptitude implique l’absence de désordre ou de maladie. La maladie est un perturbateur externe qui vient détruire un équilibre et qu’il faut éradiquer. Les découvertes de Pasteur ont bien sûr conforté cette vision de la maladie, et aujourd’hui encore, la peur des microbes est bien plus forte que la conscience de leur caractère indispensable à notre vie ! Et les paroles de bon sens de Montaigne qui disait « je ne meurs pas de ce que je suis malade mais de ce que je suis vivant » ont été reléguées au banc des phrases qui font sourire sur les papiers des papillotes, à Noël !

Devant des visions différentes de la santé dans d’autres cultures que la culture occidentale et où la globalité de l’homme est mieux prise en compte, cette conception de la santé n’était pas satisfaisante: Les diverses traditions des peuples premiers considèrent la santé comme l’équilibre entre les dimensions spirituelle, émotionnelle, physique et mentale de la personne en tant que sujet, mais aussi en tant que membre d'une famille, d'une communauté et d'une nation, dans des environnements culturels, sociaux, économiques et politiques très divers. l’OMS a alors adopté une définition plus large, dite holistique parce qu’elle prenait en compte la globalité de la personne et de son entourage 

La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.

(Préambule de la Constitution de l'Organisation mondiale de la Santé, adopté par la Conférence internationale sur la Santé, à New York, le 22 juillet 1946 par les représentants de 61 Etats.)

La santé n’est ainsi plus définie comme une aptitude ou une absence de maladie mais comme un état de bien-être. Cette compréhension de la santé a encore évolué dans une troisième étape prenant en compte la capacité d’adaptation aux changements de conditions de vie. La santé ne peut plus être simplement perçue comme un état mais comme une force d’adaptation permettant de se projeter dans de nouvelles situations. Si l’on prend la définition de l’ ECOLOGIE donnée par Haeckel en 1873 comme « la science des relations des organismes avec le monde environnant, c'est-à-dire, dans un sens large, la science des conditions d’existence », une définition statique de la santé n’était plus adaptée dans un environnement dont les changements sont de plus en plus rapides, tant sur le plan des conditions naturelles que sur celui des nouvelles technologies. Cela a abouti à la rédaction par l’OMS d’une nouvelle définition de la santé en 1984:

On peut parler de santé dans la « mesure où un groupe ou un individu peut, d'une part, réaliser ses ambitions et satisfaire ses besoins et, d'autre part, évoluer avec le milieu ou s'adapter à celui-ci. La santé est donc perçue comme une ressource de la vie quotidienne, et non comme le but de la vie; il s'agit d'un concept positif mettant en valeur les ressources sociales et individuelles, ainsi que les capacités physiques. »

La santé d’un individu ou d’un groupe, vu comme processus d’adaptation, apparait comme une force d’évolution dans une perspective d’interdépendance avec les organismes et le milieu physique environnant.

Alors, comment réagissez-vous à ces questions :

La santé est-elle uniquement l’absence de maladie ? Peut-on être en bonne santé tout en étant atteint d’une maladie et en mauvaise santé sans maladie apparente ? La santé est-elle la capacité de changer, d’évoluer ? La santé est-elle uniquement une question individuelle ou concerne-t-elle aussi le milieu qui m’entoure ?

Et peut-être à d’autres questions…

RESTITUTION DU GROUPE :

Le travail du groupe peut se résumer en quatre points :

  1. La santé ne peut se réduire à l’absence de maladie ni même à un état idéal de « complet bien-être physique, mental et social » selon la définition de l’OMS de 1946. Prenant en compte l’écologie en tant que science des interactions des organismes entre eux et avec les milieux physiques qu’ils habitent, la santé doit être vue comme un processus évolutif, une capacité de changement et d’adaptation, un véritable « parcours de santé » pour parodier et sublimer l’usage courant de ce terme.

  2. L’adaptation aux changements ne signifie pas une soumission passive face à des changements qui nous agressent tels la pollution, les effets pervers des nanotechnologies ou les perturbateurs endocriniens. Mais on ne peut non plus rester dans l’utopie d’une création-nature parfaite, d’un Eden perdu, ou dans la recherche d’une perfection corporelle, tant en vogue aujourd’hui, ou d’une nourriture parfaitement saine qui peuvent devenir une obsession pathologique à l’opposé de la santé. S’adapter doit être aussi résister aux forces de mort et de destruction, qu’elles soient globales comme la capacité de destruction nucléaire, ou plus intimes comme les addictions allant de la frénésie de consommation aux addictions alimentaires, médicamenteuses ou technologiques. La santé, dans le sens d’un salut, est l’aptitude à soutenir un combat spirituel suivant l’exhortation biblique « choisis la vie afin que tu vives ».

  3. La santé ne peut se limiter à une santé personnelle. Elle est aussi, dans nos relations et dans nos interdépendances, une santé collective, une santé de groupe : cellule familiale, communauté ecclésiale, ville, milieu naturel rural…

  4. Si l’on se situe en tant que pourvoyeur de soins et de services, dans l’espace de la diaconie, ces soins sont nécessaires envers toute la création. On ne peut réduire la diaconie, comme souvent dans nos Eglises, à la seule aide à la personne.