Introduction

Il y a toujours eu des biens communs en toute société et il y a toujours eu à propos de leur répartition et de leur usage des problèmes de justice. Mais c'est la première fois dans l'histoire que l'humanité toute entière se découvre en possession d'un bien commun sous la forme de la terre – la terre comme bien commun de tous les hommes - et c'est la première fois que les problèmes de justice distributive s'étendent à l'échelle mondiale et concernent tous les individus et tous les peuples vivant sur la terre selon des âges différents et le souci des générations ultérieures.

Comment mesurer alors les opérations d'entretien, de partage et de consommation à propos de ce bien commun et sa dégradation ? Sur ces questions, la science économique se divise selon deux orientations différentes.

Ou bien ramener le bien commun – ou tous les problèmes liés aux destructions de l'environnement – vers les objets connus et déjà traités sous la forme de biens mesurés par la monnaie à travers les relations marchandes. C'est la voie la plus ordinaire de l'économie dite « économie de l'environnement ». La notion majeure est alors la notion d'externalité négative et l'opération consiste à attribuer des mesures en prix monétaires aux biens communs en voie de dégradation ou disparition.

Ou bien inventer une nouvelle approche adaptée à la nouveauté du problème et trouver des mesures autres que les mesures monétaires et marchandes qui supposent toujours des formes d'appropriation privée. C'est la voie suivie par l'économie dite « économie de l'écologie » qui s'appuie sur des indicateurs de bien-être et des mesures en valeurs d'usage.


Discussion collective

La discussion a pris alors le cours suivant passant à côté des questions de justice : d'un côté, les grandes questions et d'un autre côté les petits récits.

Grandes questions : elles ont porté sur la croissance – la croissance illimité à laquelle semble nous vouer le système économique mondial – que semblent cautionner la pensée économique dominante, la croyance au progrès technique continu et les valeurs utilitaristes – la croissance illimitée à l’origine de cette destruction du bien commun et de la catastrophe qu'elle entraîne. La catastrophe, nous y sommes déjà, a-t-il été dit. On peut sans doute la mesurer par la monnaie ou par des indicateurs de bien-être, plus ou moins particuliers et locaux. Et on sait suffisamment la mesurer pour savoir tout ce qu'il faudrait faire. Mais la politique ou les institutions politiques actuelles font obstacle – par courte vue ou par pression des intérêts privés et des lobbies.

Petits récits : ils racontent les expériences multiples de partage et de solidarité , les découvertes communes d'économie dans l'usage des ressources et les initiatives privées dans les façons de travailler. Ce sont ces expériences vivantes qui font découvrir combien la crise qui nous frappe est d'abord d'ordre spirituel et qui nous font comprendre aussi combien en matière spirituelle la notion de solution globale ou systématique – technique et politique - semble non pertinente.

La question qui s'impose est celle-ci : de quoi avons nous réellement besoin ? On pourrait dire : de quelle nourriture devons nous d'abord nourrir nos vies ? Plus de liens, moins de biens, a-t-on dit – entendre ici le propos de Marx : « la première des richesses, c'est l'autre ». Chaque réponse personnelle à cette question est un engagement à valeur symbolique. Chaque moment symbolique renvoie à son tour vers les grandes questions pour les aviver, leur donner un sens plus humain , les détourner du désespoir auquel elles conduisent communément et nous ouvrir à l'espérance selon laquelle ce que nous faisons de nos petites et grandes histoires ne s'échappera jamais de la main bienfaisante de Dieu.