Ces points sont largement exprimés par le document sur « les changements climatiques » que la Fédération protestante publie en même temps que ce colloque. Celui se termine ainsi (p. 30) : En tant que chrétiens, nous sommes appelés à œuvrer pour la vie, la justice, la paix, en somme pour la réconciliation. Les Églises, y compris protestantes, s’engagent déjà par le plaidoyer, l’éducation et la sensibilisation de leurs membres et par un certain nombre d’initiatives concrètes, dans la lutte

contre le réchauffement climatique. Elles travaillent en réseau pour développer leur réflexion théologique sur la création, leur réflexion éthique en matière de justice climatique et proposer des solutions concrètes à leurs membres et leurs communautés. Les instances internationales qui les regroupent œuvrent pour la justice et la « sauvegarde de la création », et fournissent une aide humanitaire d’urgence à ceux et celles qui souffrent des changements climatiques. Ces efforts doivent se poursuivre et s’intensifier, en particulier en vue de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Nous devons nous attaquer aux causes des changements climatiques, en couper la racine nourricière. »

Mais nous avons voulus pointer les blocages que nous ressentons dans nos églises et qui nous empêchent de mettre en pratique cet idéal éthique :

  • nos église locales et nos diaconats sont tous petits et sont confrontés à bien d'autres difficultés. Peu de moyens, peu de personnes et donc sentiment de découragement face à un défi si global.

  • de plus nos églises ne sont pas des ONG. Elles rassemblent des gens d'horizons divers et avec des convictions politiques diverses. Vu les enjeux économique, la tentation est grande de ne pas aborder ces sujets pour ne pas froisser les membres les plus riches de nos églises...

  • Enfin, il faut reconnaître que notre société médiatique fait déjà une large place à ces sujets, avec un certain goût pour le catastrophisme. Comment informer de la COP et parler de la COP sans contribuer à saturer encore un peu plus l'attention des membres d'Eglise ? L'Eglise doit-elle contribuer à culpabiliser ?

Cette discussion a été l'occasion de proposer trois pistes pour la suite

  • Par rapport à la culpabilité la foi chrétienne nous encourage à l'exprimer, à la nommer pour mieux pouvoir l'affronter et la dépasser. Nommer les animaux sauvage ou diaboliques en nous (cf Genèse 3), cela fait partie de la mission de l'Eglise (cf Paul : « là où le péché abonde la grâce surabonde »). Il s'agit notamment de découvrir et nommer nos propres contradictions. Parmi les idées pratiques évoquée il y a la suggestion d'organiser au niveau local des « Toxic tour » : une sorte de visite guidée des lieux les plus problématique de faire un lien localement entre les enjeux globaux (et notamment le climat) et les enjeux écologiques dans notre localité. Gros mot théologique : l'incarnation.

  • Se mettre doucement mais sûrement et collectivement en marche : méthode des petits pas, type éco-congregation (A Rocha). Cette méthode permet aussi de valoriser ce qu'on fait déjà et trouver ainsi la force ! Gros mot théologique : la suivance du Christ.

  • Nous nous sommes aussi demandé si l'Eglise ne devait pas porter un appel à l'humilité à l'attention des dirigeants. L'enjeu est de prendre le temps de reconnaître collectivement la complexité du problème, et la grandeur de notre embarras, prendre le temps de l'autocritique et ne pas se lancer tête baissée dans de fausses bonnes idées. Cet appel à l'humilité se fonde sur l'affirmation première de la grâce de Dieu, évoqué dans le document de la FPF. Il y a là en enjeu homilétique : contextualiser notre théologie du salut à la peur de l'avenir qui traverse aujourd'hui notre société. Gros mot théologique : Sola Gracia.