« Vous trouverez un enfant emmailloté dans une mangeoire »

Voilà l'annonce qui est faite aux Bergers. Oui, ce sont des bergers qui ont reçu cette nouvelle. Habitués qu'ils sont à veiller tard dans la nuit sur leurs troupeaux de brebis, habitués qu'ils sont à vivre dans les champs; eux savent ce que c'est qu'une étable. Ils savent ce que c'est qu'une mangeoire. Et c'est à eux qu'on annonce cette nouvelle :

Bien curieuse histoire.

Mais en quoi cette annonce -qui somme toute est quelque peu banale- serait-elle ce que Luc appelle « Une Bonne Nouvelle » S'agit-il vraiment d'une Bonne nouvelle? N'y-a-t-il pas de nombreuses naissances qui ont lieu partout dans le monde. N'y-a-t-il pas dans tous les coins de la Terre des parents de condition modeste qui se retrouvent confrontés à des difficultés matérielles, au moment de l'arrivée de leur premier-né ?

Cet événement n'a vraiment rien de très particulier, sinon celui d'une naissance, d'une nouvelle vie qui arrive sur la terre. Nous sommes accoutumés à cette nouveauté-là, à cet émerveillement-là. La naissance d'un enfant nous enchante, nous émerveille. Les aléas, les imprévus et même les souffrances s'effacent à la naissance d'un nouvel enfant.

Alors, pourquoi cette naissance plus qu'une autre ? Pourquoi la naissance de cet enfant emmailloté dans une mangeoire est-elle pour nous, une bonne Nouvelle ? Si nous reprenons d'abord le sens de ce mot « Bonne Nouvelle », nous nous apercevons que ces mots en grec veulent dire « Évangile ». Nous sommes tellement habitués au terme "Évangile" que nous oublions souvent d'interpréter ce terme tellement il nous est familier.

Oui l’Évangile c'est très exactement le mot qui veut dire «  Bonne Nouvelle ». Mais nous oublions souvent que l’Évangile c'est une « bonne nouvelle » "qui nous remplit de joie", sinon ce ne serait pas, bien sûr, une "bonne" nouvelle.

L’Évangile nous remplit de joie ? Ah bon, vraiment ? L’Évangile nous remplit-il d'une joie débordante ? Et bien oui, l’Évangile que nous lisons jour après jour, Dimanche après Dimanche doit nous faire ressentir « une joie débordante », une joie « éclatante ». Mais pourquoi n'est-ce pas vraiment le cas dans nos églises  où bien souvent, nous sommes tristes, sombres, ou renfrognés ?

Qu'est-ce qui fait que nous ne débordions pas de joie à l'annonce de la bonne Nouvelle ? (Esaïe 1-2) « Le peuple qui marche dans les ténèbres a vu une grande lumière.. … Tu as rendu la nation nombreuse, tu l'as comblée de joie. Ils se réjouissent devant toi de la joie des moissons, de l'allégresse qui règne au partage du butin. »

Cette prophétie d'Isaïe n'est-elle qu'une promesse non encore réalisée ? Cette lumière n'est-elle pas venue pour nous une nuit à Bethléem ? L'enfant n'est-il pas né ? N'est-il pas couché dans la mangeoire ?

Certes cette apparition est bien modeste ; une mangeoire pour tout landau, une petite localité perdue de Palestine.

Et pourtant ! Toutes les apparences objectives peuvent nous masquer la vraie signification de cet Évangile !


C'est ce que veut nous dire Luc dans ce passage presque anodin. Luc n'a pas estampillé ses écrits en inscrivant « Évangile » sur son livre. Ce titre est venu bien après. Ce titre a été justement tiré des écrits de Luc. Le mot Évangile ne désignera un livre qu'à partir des années 150. Initialement, ce mot a servi à Luc pour -vous l'avez entendu- désigner l'annonce de la Bonne Nouvelle. Mais savez-vous ce que ce mot grec uniquement utilisé par Luc, veut dire pour ses contemporains ? Et bien, il s'agit de désigner l'annonce d'un événement capable de modifier favorablement le cours de l'histoire. On parlait en particulier d' « évangile » à propos de victoires militaires, de l'intronisation d'un Empereur, ou de ses hauts faits. Vous le voyez, Luc a introduit une pointe polémique. D'autant plus que l'enfant est appelé Sauveur et Seigneur, alors que ces titres étaient l'apanage de l'Empereur ! Les premiers Chrétiens ont donc choisi de façon provocatrice d'appeler ces écrits : les « Évangiles ».

Aussi reprenons le texte de Luc ; Le contexte de la naissance de Jésus se situe donc au moment du décret impérial. Luc est le seul à donner ces références historiques.

Quand nous lisons ces passages, il faut bien sûr nous demander quelle est la portée spirituelle que Luc introduit dans son récit.

Luc n'a rien d'un journaliste ! Luc nous parle des puissants qui font l'histoire, qui mènent le monde et exercent leur pouvoir sur toute la terre. C'est de ces personnages qu'il nous parle. Et cela se traduit par un recensement sur toute la terre . Rien moins que cela ! Il y a de nouveau de l'ironie dans les propos de Luc. L’Empereur recense tous les habitants de la terre, et voilà qu'un enfant apparaît – un enfant qui portera les titres d'un empereur « Seigneur et Sauveur ». Cet événement se passe tout en bas de l'échelle , non pas dans un palais, mais dans une misérable étable d'une toute petite bourgade appelée Bethléem. Cela pourrait nous faire penser à une fable !

Luc ne pouvait pas savoir en quoi cet événement banal et insignifiant allait bouleverser la Terre entière et même au-delà !
Luc proclame haut et fort la véracité de cette bonne Nouvelle.

Il nous dit aussi que le père qui a reconnu l'enfant est de la lignée d'un Roi , celle du Roi David. Et ce Roi-là, nous savons qu'il a été choisi, désigné et qu'il a reçu l'onction d'un homme de Dieu : Samuel. Mais savez-vous comment David a été choisi, désigné et comment il a reçu l'onction ? Eh bien, David était l'enfant auquel personne n'aurait songé pour faire un Roi. David gardait le troupeau, dehors dans les champs. Un berger lui aussi !

Son père présenta ses 7 fils à Samuel prophète de Dieu qui devait sacrer un des fils comme nouveau Roi d'Israël. Arrivé au 7ème, Samuel n'avait toujours pas trouvé un seul des fils qu'il aurait pu sacrer comme Roi. Il demanda au père si il n'y avait pas un autre enfant. Et voici que le père se souvint de son fils qui gardait le troupeau. Ce fils-là comptait pour rien. Samuel demande à ce père : « Va me le chercher que je le consacre » Et c'est ainsi que fut consacré celui qui deviendrait le plus grand Roi d'Israël : le Roi David.

Oui merci Seigneur d'avoir choisi, désigné, et envoyé ce Roi. Merci d'avoir choisi, désigné, et envoyé le Messie que nous accueillons aujourd'hui en cette fête de Noël. Merci parce qu'à chaque fois,

Ton choix se tourne, -non pas vers le Fort, le Puissant, l'Orgueilleux, le Riche, le Grand homme qui aspire à la gloire- mais vers le Petit, l'Oublié, le Faible, l'Humble, le Pauvre !!

Réjouissons-nous car telle est Ta Justice, Seigneur. « Il renvoie les puissants les mains vides, Il a donné une place élevée aux humbles » nous dit Marie dans le Magnificat à l'annonce de la Bonne Nouvelle !

Joseph le père de Jésus est de la lignée de David.
Pour Luc il s'agit d'une lignée royale, mais non pas celle à laquelle nous pensons habituellement. Cette lignée-là n'existe que Par et Dans la Parole de Dieu. Et cette fois-ci, cette Parole -chose inconcevable humainement parlant- s'incarne sur notre Terre. Réjouissez-vous la Terre ! Réjouissez-vous le Ciel ! Cette Bonne Nouvelle a une portée terrestre et céleste. Notre Univers entier est concerné ; aussi bien le Ciel que la Terre.

Comment ne le seraient-ils pas si Dieu fonde Son Alliance en envoyant Son propre Fils ? C'est la Nouvelle Alliance entre les Hommes et Leur Dieu. Comment cette Alliance ne concernerait-elle pas le Ciel tout entier ? Dieu se tourne vers l'Homme et le Sauve de sa condition de pécheurs et de mortel.

Dieu nous hisse à la perception claire et audible de Sa Parole par son Fils Jésus-Christ.

Avez-vous remarqué l'attitude des bergers ? Ces personnes modestes, sûrement pauvres, probablement incultes, demeurant auprès de leurs troupeaux, vivant en dehors de la bonne société... Et bien ces bergers accueillent cette Bonne Nouvelle. Ils accueillent cette Parole incroyable : « Il est né un Sauveur, un Seigneur, le Messie de Dieu »

Ils le reconnaîtront à ce signe :, « vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Nous-mêmes nous serions-nous déplacés? Serions nous allés dans cette bourgade voir « un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » ou nous serions-nous dit « Qui peut croire une chose pareille ? » A celui qui nous faisait cette annonce nous aurions dit : « N'auriez-vous pas une autre Bonne Nouvelle à nous annoncer ? Allez, passez votre chemin, ne m'ennuyez plus avec vos histoires ridicules. » Oui, sûrement aurions-nous dit cela. Marie, au lieu du Magnificat, aurait pu, elle aussi, tourner le dos à celui qui lui annonçait la venue de son enfant -enfant inconcevable- car elle n'avait pas connu Joseph ! Sa cousine Élisabeth elle-même n'aurait jamais pu croire avoir un enfant à son âge...

Oui réjouissons-nous, tous ces événements improbables, impensables, impossibles, tous ces événements incroyables sont voulus de Dieu. Et non seulement, ils sont voulus de Dieu, mais Dieu vient lui-même pour nous sauver.

À tout cela, les bergers qui « veillaient dans la nuit » ont cru.

Ce sont les premiers hommes de Foi à avoir cru en l'annonce de l’Évangile. Ce sont les tout premiers hommes appelés à témoigner de la venue du Messie sur le Terre et de l'approche du Royaume de Dieu. Ce sont eux les premiers témoins. Témoins de la Bonne Nouvelle à laquelle ils ont cru et qu'ils ont rapportée à Marie. «  Marie retenait toutes ces choses et y réfléchissait »

Voilà comment le Royaume de Dieu s'invite et s'implante dans nos cœurs.

Retenir ces choses qui m'ont été rapportées ; y réfléchir, et moi-même témoigner à mon tour de cette Parole, de cette Bonne Nouvelle.

Voilà comment le Royaume de Dieu illumine nos ténèbres. «  la gloire du Seigneur se mit à briller tout autour d’eux » La lumière de Dieu brille avec un tel éclat. La gloire de Dieu (càd la Révélation de Dieu) les illumine avec un tel éclat, que les bergers, même dans la nuit reconnaissent leur Sauveur, leur Seigneur. Il ne leur a pas été donné une instruction religieuse ou théologique approfondie. Ils n'ont pas fréquenté les cercles des puissants, des nantis... rien de tout cela. Mais c'est bien à des bergers que Dieu s'adresse. « Et soudain il se joignit à l’ange une multitude de l’armée céleste, qui louait Dieu et disait :Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, et, sur la terre paix parmi les humains en qui il prend plaisir ! » Dernière leçon de cette histoire.

Dieu prend plaisir à nous aimer. Y a-t-il plus grande et meilleure Bonne Nouvelle ?

Réjouissons-nous car cette lumière nous fait vivre tous les jours de notre vie. Noël c'est une lumière pour nous et pour le monde. « La lumière brille dans l'obscurité et l'obscurité ne l’a pas reçue » nous dit l’Évangéliste Jean. « N’ayez pas peur », car la Bonne Nouvelle, c'est que la Lumière vient ! Rien ne l'empêchera de venir. Même les plans du puissant et sanguinaire Hérode échoueront à faire tuer Jésus. Cette lumière vient d'en haut. Et même au Ciel et dans les lieux très hauts, tous se réjouissent de sa venue sur la Terre. Dieu s'est réconcilié une fois pour toute avec les Hommes en envoyant son Fils.

Reconnaissons-le comme Notre Sauveur et Seigneur. Notre joie profonde, c'est de voir poindre Ta lumière dans nos ténèbres Seigneur. Donne-nous de la reconnaître et de vivre enfin de ton Royaume, de Ton Amour.

Toi qui a voulu vivre avec nous pour nous faire partager Ton Royaume. Grâce te soit rendue au Ciel et sur la Terre.

Amen