Ce travail s'est fait en quatre temps :
  • diffusion par mail au réseau d'une suggestion de texte avant la rencontre du réseau du 10 mai
  • travail lors de notre rencontre en tenant compte des remarques des présents et de celles reçues par mail
  • Nouvelle diffusion par mail du texte travaillé en séance avec retour de nouvelles suggestions et corrections
  • rédaction d'une proposition finale de texte 3. 

Article 3, sur lequel porte la proposition : "Qui témoigne de l'Evangile participe à la réconciliation du monde, œuvre de la grâce divine. Il rend visible l'amour de Dieu envers chaque être humain et sa sollicitude envers la création tout entière. "

Tout d'abord, nous voulons dire notre reconnaissance que la question de la création soit prise en compte dans ce projet de déclaration de foi. Cependant :

1- Nous sommes étonnés qu'il ne soit fait aucune référence à notre louange envers le créateur. La louange, absente de tout ce projet de texte, semble bien être la première position du croyant envers le créateur de toute chose, présente tout au long des textes bibliques, en particulier des psaumes. C'est en effet une attitude essentielle qui nous conduit à l'humilité et finalement à ne pas considérer la création divine comme un objet (ce qui est la source de tant de nos maux d'aujourd'hui) mais bien comme un sujet au bénéfice de l'Amour de Dieu, dans son intégralité (Dieu a tant aimé le monde et pas seulement l'humanité).

2-Il est ambigu de faire la distinction entre l'Amour de Dieu pour les hommes et sa sollicitude pour la création qui laisse planer l'idée d'un dualisme au sein de la création. La sollicitude, mot qui plait cependant à certains car il fait référence au « care », n'est qu'un des aspects de l'Amour qui est absolu : cet Amour ne se décline pas en différents degrés en fonction des diverses créations de Dieu mais s'adresse bien à la création tout entière. Cela nous emmènerait sur le débat de la « supériorité » de l'homme par rapport aux autres créatures ; il n'y a pas de différence de nature entre l'homme et le reste de la création, mais une fonction particulière donnée à l'homme dans la création. L'anthropocentrisme, dont le pape François dans son encyclique « laudate si » dénonce à juste titre et avec force les déviances peut être légitimement remis en cause comme le soutenait déjà Moltman il y a 30 ans (Dieu dans la création, traité écologique de la création).

3- Ce terme « la création tout entière » fait référence à Romains 8, 22 :

« 18 J’estime en effet que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous. 19 Car la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu : 20 livrée au pouvoir du néant – non de son propre gré, mais par l’autorité de celui qui l’a livrée –, elle garde l’espérance, 21 car elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu. 22 Nous le savons en effet : la création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement. 23 Elle n’est pas la seule : nous aussi, qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons intérieurement, attendant l’adoption, la délivrance pour notre corps. 24 Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance. Or, voir ce qu’on espère n’est plus espérer : ce que l’on voit, comment l’espérer encore ? »

Ce que Paul souligne dans ce passage, c'est la souffrance de toute la création, y compris de l'homme. Nous aussi nous souffrons avec la création, car nous en faisons partie, dans l'espérance du salut. Une prise de conscience assez nouvelle est apparue dans notre société : nous réalisons avec de plus en plus d'évidence que la souffrance de la planète est intimement liée à la souffrance de l'humanité et que l'homme ne peut pas bien vivre dans une planète qui va mal et qu'il maltraite : crise climatique, dégâts causés par les pesticides, le nucléaire etc. C'est cette prise de conscience qu'il faut clairement prendre en compte dans notre déclaration de foi.

4- Tension entre louange et souffrance : Il a été fait remarquer, à juste titre, que l'on ne pouvait pas louer Dieu pour la souffrance, mais on voit aussi que, du fond de sa souffrance, Job se relève en reconnaissant la grandeur de la création de Dieu, ce qui le replace humblement dans une position juste devant Dieu.

5- Une autre remarque importante est que cette dégradation de la planète qui nous met en péril est en grande partie le fait de l'homme. C'est pourquoi il est utile de dire que cette violence destructrice et cette injustice ne nous sont pas simplement extérieures mais qu'elles nous concernent au plus profond de notre personne, dans notre mode de vie, et qu'elles sont pour nous cause de souffrance.

6- Le thème de la réconciliation est important à souligner mais il n'est pas superflu de rappeler que cette réconciliation s'est faite par Dieu en Jésus-Christ, par lui et pour lui (Colossiens 1 v 20) et que c'est à la fois dans le présent et dans l'espérance que nous vivons cette réconciliation.

7- Il faut enfin que ce témoignage de l'Évangile se traduise par la prière et par des actions. Pour cela, nous sommes appelés à changer (on parle parfois de conversion écologique mais on peut parler de conversion « tout court », en tous cas de changement) car nous avons une grande part de responsabilité dans cette souffrance de la création et c'est ce changement de comportement qui nous conduit à agir par l'action de Dieu en nous (« vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit » (Actes 1, 8), « c'est Dieu qui met en vous le vouloir et le faire » (Philippiens 2 , 13). On pourrait faire ici mention du Saint-Esprit qui agit en nous et nous pousse à agir...

8- La référence au programme du COE de 1983 « paix, justice, sauvegarde de la création » paraît intéressante puisque il y a plus de 30 ans, les Églises avaient eu cette intuition de faire ce lien qui aujourd'hui paraît évident mais qui ne l'était pas alors.

Nous présentons donc ci-dessous une suggestion de texte, gardant les lignes essentielles du témoignage, de la réconciliation donnée par Dieu (la grâce) et de l'amour de Dieu pour la création tout entière qui étaient les points forts du texte initial, tout en y précisant quelques points qui nous paraissent importants. Cette proposition ne prétend pas traduire une unanimité des membres du réseau Bible et Création, la plupart ayant par ailleurs eu aussi l'occasion de s'exprimer soit à titre personnel, soit en participant à la réflexion au niveau de leur paroisse. Elle a cependant été suffisamment partagée pour être présentée au nom du réseau Bible et Création comme une pierre à l'édifice.

Voici une proposition de rédaction de ce paragraphe 3:

Celui qui témoigne de l'Évangile fait monter sa louange au Créateur pour la beauté de son œuvre et son amour pour la création tout entière. Confronté jusqu'au plus profond de lui-même à la violence destructrice et à l'injustice, sources de souffrances pour les êtres humains, les espèces vivantes et la planète, c'est dans l'espérance qu'il se met au bénéfice de la réconciliation de Dieu avec le monde en Jésus-Christ et qu'il s'engage, dans la prière et en actes, pour la paix, la justice et la sauvegarde de la création.