Le jardinier y a apporté du compost, riche en vie microbiologique — avec des vers de terre, des bactéries, des insectes, des champignons… — puis de la matière organique, des engrais verts, et tout cela en cohabitation avec des arbres. Ensuite, surtout, surtout, il a laissé le sol tranquille, pour ne pas déranger les micro-organismes qui y vivent, et a donné quelques petits coups de pouce à son jardin de temps à autre, par des petits désherbages et quelques autres petits soins.

C'est alors que le jardin a produit, produit, jusqu'à 6, 7 ou 8 fois plus que tout autre jardin, jusqu'à 8 rotations de culture par an. Il y règne la profusion, une surabondance de bons fruits et légumes, et une petite oasis de biodiversité totalement autonome.

Prédication

Voilà. Il s’agit de la parabole du jardin en permaculture (1). La vie y est abondante, surabondante. Oui, le règne de Dieu est semblable à un jardin qui produit en surabondance, où la culture est permanente. Tout y est vie. Tout y est interdépendant. Tout y est relations.

« La terre donne de la verdure, de l’herbe porteuse de semence, des arbres fruitiers qui portent sur la terre du fruit selon leurs espèces et qui ont en eux leur semence. » (Genèse 1.11) Oui, il en est bien ainsi. Les petites bêtes, les êtres vivants y grouillent, y fourmillent. Et c’est bon, dit Dieu dans le premier chapitre du livre de la Genèse.

Les humains y trouvent leur place, en qualité de bons intendants avisés, de bons gérants des richesses du Dieu créateur — vous pourrez relire la parabole de l’intendant avisé (Luc 16.1-8) et la prédication du 18 septembre dernier (2). Ces intendants y créent du lien, beaucoup de liens. C’est notre jardinier de la parabole qui a instauré une relation très étroite entre tous les éléments du jardin.

Dieu confie sa création, qu'il a sortie du chaos, à nous, jardiniers, pour la « dominer ». Il nous donne le pouvoir de régner sur sa création. En créant les humains à son image, Dieu les invite à régner selon son règne, qui apporte une profusion de vie, une « source qui jailli[t] pour la vie éternelle » (Jean 4.14), dit Jésus à la Samaritaine.

C'est la source bienfaisante du Temple de Dieu — dans le livre du prophète Ézéchiel —, une eau qui sort de la Maison de Dieu, qui devient un torrent infranchissable tellement l'eau est abondante et profonde, et qui donne la vie, qui assainit tout sur son passage. « Près du torrent, sur ses rives, de chaque côté, pousse[nt] toutes sortes d’arbres fruitiers. Leur feuillage ne se flétri[t] pas, leur fruit ne s’épuise[] pas ; ils donne[nt] des primeurs tous les mois, parce que ses eaux sort[ent] du sanctuaire. » (Ézéchiel 47.12) Oui, tous les mois, « ils donne[nt] des primeurs », nous dit le texte biblique. Jusqu’à huit rotations de culture par an, nous dit la parabole.

Pour ce faire, le jardinier s'est mis à l'écoute de la création de Dieu, afin d'apprendre d'elle comment elle est féconde. Il lui a laissé une place en lui-même, et s’est trouvé façonné par elle. En créant ce manque en lui-même, il a reçu « beaucoup plus » (Luc 18.30) qui lui a été donné par Dieu. Ce « beaucoup plus » est ce qu’annonce Jésus à ses disciples alors qu’il les invite à tout quitter.

Avec ce jardin en permaculture, « tous mangèrent et furent rassasiés, et on emporta douze paniers de morceaux qui étaient restés » (Luc 9.17). Dieu rassasie par l'abondance de sa grâce. La bonne terre produit « du fruit au centuple » (Luc 8.8), nous dit la parabole du semeur. Ce sont aussi les « six jarres de pierre » des noces de Cana (Jean 2.6), qui représentent une quantité phénoménale, bien plus qu’il n’en faut pour une fête. C’est la surabondance de la grâce de Dieu.

Cette surabondance se retrouve aussi dans la « diversité des dons de la grâce » (1 Corinthiens 12.4) dont parle la lettre aux Corinthiens. Dans l’écosystème de notre jardin en permaculture, chaque élément trouve sa place, chacun apporte une contribution indispensable à l’expression de la vie, à la manifestation de la grâce de Dieu.

Au terme de notre parcours, cette parabole du jardin en permaculture nous révèle la puissance de vie que Dieu donne à sa création. Cette parabole dévoile aujourd’hui que nous n’avons pas encore reçu pleinement la grâce de Dieu dans notre rapport à la terre. Elle nous invite à nous mettre à l’écoute de Dieu et de sa création, à créer du manque en nous-mêmes pour nous laisser remplir par la grâce de Dieu. Alors peut-être pousseront des jardins en permaculture un peu partout autour de nos lieux de vie. Amen.

Références bibliques (Nouvelle Bible Segond)

  • Genèse 1 – Premier récit de création
  • Ézéchiel 47.1-12 – La source bienfaisante du Temple
  • Luc 8.5-8 – La parabole du semeur
  • Luc 9.12-17 – Jésus rassasie cinq mille hommes
  • Luc 18.28-30 – Quitter tout pour recevoir beaucoup plus
  • Jean 2.3-8 – Les noces de Cana
  • Jean 4.10-14 – Jésus et la Samaritaine
  • 1 Corinthiens 12.4-11 – Diversité de dons de la grâce

(1) Lien Internet vers une vidéo d’introduction à la permaculture : youtu.be/FXaD3NGRQQo

(2) Voir : www.eglise-protestante-unie.fr/Lezay -p50664/fiche/predications-8517