A la suite du rassemblement de Bâle en 1989 qui a introduit le thème « Paix, Justice et Sauvegarde de la Création », le 2ème rassemblement oecuménique de Graz (1997), recommandait l’organisation d’un « temps liturgique pour la création » entre le 1er septembre et le 4 octobre de chaque année (à l’initiative du patriarche de Constantinople Bartholomée 1er). Cette recommandation destinée à aiguiser la conscience et l’engagement des Églises pour la protection de la création s’est lentement, mais progressivement imposée dans les Églises chrétiennes.

Vingt années se sont écoulées et, sans un optimisme béat, nous pouvons dire que les Églises, ont désormais bien intégré cette ardente obligation. L’encyclique « Laudato Si » du Pape François marque une étape importante dans ce processus.

Du coté protestant, après une assez longue indifférence ecclésiale, notamment dans l’ex-ERF, l’engagement s’est progressivement accéléré et approfondi ; le processus dit JPSC « Justice, Paix, Sauvegarde de la Création », a été pionnier en Alsace. La Fédération Protestante de France inclut le développement durable et le changement climatique dans sa réflexion et s’est activement engagée dans le contexte de la COP 21 avec, entre autre, la création d’un « Groupe climat » en son sein. Citons également le réseau « Bible et création » au sein de l’EPUdF.

C’est donc une interpellation pour les Églises, y compris notre église locale de Meudon-Sèvres-Ville d’Avray.

Et c’est dans le cadre de ce « Temps liturgique de la création » que je vous propose quelques réflexions bibliques. Le sujet est immense, et la « théologie de la création », toujours vivante, a de lointaines racines chez les pères de l’Église, notamment Saint Augustin. Que notre planète soit en grave danger, que nos modes de vie ne soient plus soutenables à terme, ne fait désormais plus question, en dépit de récurrentes dénégations. Depuis longtemps, les organisations internationales tirent la sonnette d’alarme. Face aux insuffisances criantes et aux lâchetés des États, face à une certaine inertie de la société civile (c.à.d. vous et moi…), que nous disent les Écritures ? Quel est notre positionnement en tant que Chrétiens ?

Bibliquement, tout commence par l’acte créateur et ordonnateur de Dieu. Certains pensent que le premier chapitre de la Genèse ne parlerait pas d’un commencement absolu, car au départ préexistent le « Tohu Bohu » initial (le vide, la vacuité), les ténèbres et les eaux : « La terre était informe et vide » (traduction Segond) ; « déserte et vide » (TOB) ; « La terre était un chaos, elle était vide » (Nouvelle Bible Segond). Ce texte de Gn 1, extraordinairement riche, nous communique plusieurs messages, dont je voudrais transmettre ici quelques uns.

1- D’abord, c’est la Parole de Dieu qui crée.

Dans ce texte de Genèse 1, l’acte créateur de Dieu est d’abord fondé sur une Parole : l’expression « Dieu dit » revient dix fois. Dieu parle, sépare, bénit, ordonne et fixe une mission à l’humain. Lorsque l’acte créateur est achevé le sixième jour, Dieu exprime sa satisfaction : « Dieu vit alors tout ce qu’il avait fait : c’était très bon » (Gn 1, 31). Dieu nous confie une création bonne.

2- Au sein de la création, Dieu entre en relation avec l’homme

Dans le deuxième texte de la Genèse (Gn 2), Dieu place l’humain (homme et femme) dans ce jardin d’Éden « pour le cultiver et pour le garder » ; et immédiatement, Dieu entre en relation avec l’homme auquel il confie la gérance et la responsabilité, la « lieutenance » (selon l’expression de J. Ellul), de cette création. C’est la Parole de Dieu qui ordonne, qui trace la ligne, apporte une cohérence dans Sa vision sur le monde et sur nos vies. Mais si Dieu a ordonné ce chaos initial, on ne peut que constater que cet ordonnancement n’est pas achevé : la destruction de notre planète, la déstructuration de l’humain ne sont-ils pas les manifestations d’un chaos d’un désordre persistants, et qui ne font que s’amplifier ?

3 - Dieu fixe des limites.

Le texte de Genèse 1 nous enseigne que Dieu ordonne (met de l’ordre) en établissant des séparations : entre les ténèbres et la lumière, entre la terre et les eaux etc. Ainsi, Dieu fixe des limites et des frontières. De fait, la Bible et l’histoire humaine nous enseignent que c’est l’absence de limites qui crée le chaos, depuis la tour de Babel jusqu’aux nombreux excès de nos sociétés contemporaines. Quelles limites à notre exploitation des écosystèmes et de la biodiversité ? Quelles limites à l’exploitation des ressources non renouvelables, au delà des capacités de renouvellement ? Quelles limites aux changements climatiques ?

Mais Dieu fixe une autre limite à l’humain, celle de ne pas manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal (Gn 2, 17) : une façon de signifier que l’homme n’est pas Dieu. En détruisant la création, l’homme ne se prend-t-il pas pour Dieu ? Ceci nous amène à la question fondamentale de notre obéissance à Dieu.

4- La désobéissance à Dieu est source de chaos.

Après la « chute » adamique, les choses tournent de plus en plus mal sur terre… et Dieu décide, en quelque sorte, de « repartir à zéro ». C’est l’épisode du déluge et de la nouvelle alliance noachique (Gn 6). Dieu constate, avec tristesse, « …que le mal des humains était grand sur la terre et que leur coeur ne concevait jamais que des pensées mauvaises (Gn 6,5) ».

On ne peut s’empêcher de faire un rapprochement avec notre époque où l’idéologie dominante est le gain, la jouissance, le confort, le relatif ; on parle « d’avortements de confort », les sexes deviennent indéterminés ou relatifs, on préconise l’uniformité, la pensée unique ; on recherche le pouvoir, la domination, l’avoir, à n’importe quel prix économique, éthique et environnemental. Qu’il suffise d’évoquer les scandales alimentaires, les médicaments dangereux, les Tchernobyl, Fukushima, Deep Water Horizon etc.

Ainsi se pose la question, toujours actuelle, de notre obéissance à Dieu : au delà de notre responsabilité humaine, nos comportements destructeurs vis à vis de la création ne traduisent-ils pas notre désobéissance à Dieu ?

Revenons au personnage de Noé : il est le juste qui obéit en tous points à Dieu, après la désobéissance originelle de l’homme. Il construit l’arche avec persévérance, pendant de nombreuses années (120 ans, selon la tradition rabbinique), exactement selon les directives de Dieu. Il y fera entrer les animaux, exactement selon les instructions de Dieu : « Noé agit en tout point comme l'Éternel le lui avait ordonné. (Genèse 7,5). »

Il est intéressant de noter que Dieu donne toujours des directives très précises pour la construction de ses tabernacles : la tente de la rencontre (Lévitique), l’arche d’alliance, le temple de Jérusalem etc. Dieu entend que nous lui obéissions en tous points. Oui, obéir, car cette obéissance est source de vie. Noé, est aussi le premier sauveur de l’humanité et de la création tout entière, avant le salut définitif, accompli en Jésus-Christ. Noé obtient la faveur de Dieu qui se fixe donc lui même une limite à son courroux et à sa décision radicale d’effacer toute vie sur la terre.

En Hébreu, le nom Noé, signifie « repos, consolation, celui qui apporte la paix, tranquillité ». Noé, peut être désigné comme la première consolation de Dieu sur la terre, après la grande déception de la chute, de la rupture, puis de la mauvaise conduite des hommes. Noé, le gracié de Dieu, porteur et transmetteur de cette miséricorde. En quelque sorte, Noé va consoler Dieu d’avoir créé l’homme ! Frères et soeurs, qui sera la consolation de Dieu aujourd’hui ?
Car il nous faut aller plus loin et plus profond.

5 - Notre relation à la création est une relation de péché.

Notre attitude destructrice vis à vis de la Création est fondamentalement une relation de péché. Nous n’assumons pas cette responsabilité, cette « lieutenance » vis à vis de la création que Dieu nous a confiée. Ainsi, la relation entre l’homme, Dieu et la création, ces reniements et ces ruptures, traduisent fondamentalement un combat spirituel. Un combat violent.

Le prophète Esaïe l’exprime avec force (Es 24):

« La terre est dans le deuil, épuisée,

le monde épuisé dépérit,

ils dépérissent,

les gens de la terre.

La terre a été profanée

Par ses habitants ;

Car ils passaient outre aux lois…etc.

Il ne s’agit pas de sortir ces versets de leur contexte. Esaïe n’est pas un précurseur des écologistes ! Mais ce texte exprime la dimension spirituelle de la relation entre l’homme et Dieu sur le théâtre même de la planète que Dieu nous a confiée. Le péché est rupture avec Dieu. La défiguration de la création par la destruction de la nature est la conséquence de cette relation de péché.

« Jusqu’à quand le pays sera-t-il dans le deuil et l’herbe de tous les champs sera-telle desséchée ? A cause de la méchanceté de ses habitants, les bêtes et les animaux périssent (Jr 12, 4) ». Le Premier Testament contient de nombreux textes qui mettent en relation le péché de l’homme (le peuple d’Israël) avec la défiguration et destruction de la création, mais aussi les annonces de rédemption et de restauration (par ex. Es 43, 1-21 et Es 65, 17).

- Dès lors, quel est le plan de Dieu ?

Il nous faut en effet poser la question de savoir ce que Dieu est en train de dire dans ces temps de chaos ? Quel est le plan de Dieu ?

Je ne pose pas la question de savoir si Dieu a un plan. Car Dieu a toujours un plan, un dessein pour l’humanité. Dieu avait un plan pour Noé ; Dieu avait un plan pour Abraham ; Dieu avait un plan pour Joseph en Égypte ; Dieu avait un plan pour Jonas ; Dieu avait un plan pour Paul ; Dieu avait un plan avec la venue du Christ. Face au péché et à la méchanceté des hommes, Dieu a toujours « un plan de rattrapage », un plan de salut, pour chacun de nous, pour chacun de ses enfants et pour l’humanité.

Mais maintenant ?

Certains diront que discerner le plan de Dieu, c’est mettre la main sur Lui, c’est rejeter la part de mystère de Dieu, de sa souveraineté. Pourtant, je pense que discerner ce plan, le projet de Dieu pour nous, est au coeur de notre vie spirituelle, de notre prière et de notre intimité avec Lui, de notre obéissance, de notre cheminement avec le Seigneur.

Noé a obéi point par point, dans les moindres détails, aux directives de Dieu, car il entrait pleinement dans le plan de Dieu.

Dans notre prière, nous demandons : Seigneur, quelle est Ta volonté ? « Que Ta volonté soit faite, sur la terre, comme au ciel… ».

Nous devons faire la lecture de notre monde à la lumière du projet de Dieu. Nous ne pouvons dissocier le plan de Dieu pour chacun de nous de Son plan pour l’humanité et sa création. Au centre, se trouvent la grâce, l’amour, le Royaume : nous le croyons ; mais selon quel plan ? Quel est « l’agenda de Dieu »?

On répondra que nous n’en savons rien, selon l’adage populaire : « les voies de Dieu sont impénétrables… ». Pourtant, vient toujours un temps où Dieu révèle son projet, et cela, de multiples manières : par sa Parole, par les prophètes, par ses serviteurs, par son peuple, par les visions, dans l’écoute et dans la prière ; l’Écriture tout entière l’atteste.

Selon les Écritures, toutes les Écritures, le plan de Dieu est la venue du Messie d’Israël, pour nous, le retour du Christ (j’en suis convaincu, un seul et même événement) ; la nouvelle création, attendue avec impatience, selon le texte fondateur de Rm 8, 18-23 que nous avons lu tout à l’heure :

« Car la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. Livrée au pouvoir du néant, non de son propre gré, mais par l’autorité de celui qui l’a livrée, elle garde espérance. Car elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons en effet : la création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement » Frères et soeurs, notre espérance, notre foi, sont dans le Christ, par qui advient une nouvelle Création les nouveaux cieux et la nouvelle terre, « …la nouvelle Jérusalem, préparée comme une épouse qui s’est parée pour son époux », nous dit ce texte d’Ap 21 que nous avons lu.

Cette nouvelle Création nous est offerte en Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nos péchés, en qui toutes choses ont été créées. Voilà le plan de Dieu ! Ainsi, notre viatique de Chrétien dans ce monde en crise profonde, se situe dans cette écoute de Dieu, l’écoute de son projet et l’obéissance à sa volonté pour la préparation de l’épouse. Tout cela, dans cette intense attente du retour du Christ : vivre et annoncer l’espérance du salut. Discerner « l’agenda de Dieu ».

__ Frères et soeurs, face aux immenses défis de la planète, nous devons tous, bien entendu, assumer nos responsabilités, je dirais, de « citoyens du monde ». Chaque individu, quelle que soit sa religion ou ses convictions se trouve face à des responsabilités désormais bien établies.

La « société civile », comme on dit, les ONG, telles que Greenpeace, les « Amis de la terre », etc., sont parfaitement compétentes pour mobiliser la société civile et donner des indications sur les comportements et les mesures à adopter. N’hésitons pas à les écouter, à agir et apprendre avec eux.

Cela étant, je pose toujours la question : quelle est la spécificité chrétienne dans ce concert ? Certes, les Églises doivent se mobiliser, balayer devant leur porte, par exemple, devenir elles même d’authentiques « éco congrégations » (par exemple, le réseau « Bible et Création de l’EPUdF travaille actuellement sur un guide pour les paroisses), développer et transmettre la réflexion biblique et théologique. Un défi également pour notre paroisse…

Au delà de notre engagement « citoyen », nous devons aussi exercer notre responsabilité de Chrétien.

  • Écouter la Parole créatrice.
  • Obéir,
  • Discerner et accueillir dans l’humilité, la repentance et la prière l’agenda de

Dieu, dans l’attente du retour du Christ.

Certes pas une attente passive et fataliste : mais agir en préparant l’Épouse, la nouvelle création. Tout cela, comme partenaires avec Dieu de l’avènement des nouveaux cieux et de la nouvelle terre, dont nous parle le texte de l’Apocalypse. Serviteurs inutiles ou ouvriers de la onzième heure, nous devons inlassablement, dans l’obéissance, l’espérance et l’amour, oeuvrer pour la création que Dieu nous a confiée, en Jésus, le Christ.

« …car c’est en Lui que tout a été créé, dans les cieux et sur la terre…(Col 1, 15- 16) ».

AMEN !

Jean-Philipe Barde
EPU Meudon-Sèvres-Ville d’Avray

Culte du 9 octobre 2016

Références bibliques

  • Gn 1
  • Rm 8, 18-22
  • Ap 21, 1-4