1) Des précurseurs ignorés et rejetés


Je voudrais donc dire aux jeunes qui découvrent l'impasse écologique dans laquelle nous nous retrouvons aujourd'hui, que cette impasse était manifestement prévisible, non pas par des cerveaux plus intelligents que tous les autres -même si il y en eu- mais par ceux qui ont compris l'enjeu de société que constituait l’avènement de la Technique au XIXième siècle et la façon dont il aurait fallu maîtriser (dominer!) son cours.

Des petits groupes de femmes et d'hommes ont pris la mesure -en particulier dès le début des années 1970- des périls écologiques qui nous menacent. Je ne cherche pas là à vanter quelques esprits qui auraient été plus éclairés que d'autres !

Il ne s'agit pas non plus de dire que tous les autres ont délibérément œuvré pour saccager et détruire la planète ! Il s'agit simplement de dire qu'ils n'ont rien vu venir et surtout qu'ils ont méprisé et rejeté ceux qui -notamment dès les années 60-70- se sont battus pour faire reculer l'emprise et la démence du système technicien en appelant à des limites et en appelant à relativiser la place de la Technique au sein de nos sociétés.

Encore récemment, j'étais personnellement raillé par des écologistes pour avoir enfreint le credo du -progrès technique à tout prix- en soutenant l'initiative -par trop subversive !- de jeunes maraîchers voulant travailler la terre avec la traction animale.

Certains membres du pouvoir en place savaient tous les risques que nous prenions en choisissant de laisser libre cours au développement technique. Ils n'ont rien dit et n'ont rien fait alors qu'ils savaient -parfois parfaitement bien - que ce qu'ils faisaient (par exemple en tant que premier ministre français entre 1988 et 1991!) ne pouvait que favoriser le développement de la mécanique prédatrice du système technicien. La maîtrise du système technique supposerait, outre le courage, une très très grande sagesse et clairvoyance de la part de ceux qui nous gouvernent. Il aura fallu Fukushima pour rallier -trop tard- l'ancien premier ministre japonais au refus définitif du nucléaire civil. Le nouveau gouvernement nippon, s'efforce maintenant de contenir et de contourner l'opposition populaire généralisée. Cela ne s'appelle pas une dictature car les États disposent aujourd'hui de moyens indolores -de propagande et de conformisation - pour contraindre "démocratiquement" tout un pays d'aller vers encore plus de ravages écologiques.

C'est cela la voie technocratique qui ignore tout simplement l'écologie et rejette ceux qui en appellent à une limite salutaire.

Encore aujourd'hui, il en est qui disent tout comprendre des périls qui nous menacent, mais qui ne voient notre salut que dans toujours plus de technique. Ceux-ci sont les mêmes qui ignoraient et méprisaient les précurseurs qui ont réellement vu venir ces périls et l'impasse dans laquelle nous nous retrouvons.

Pendant deux siècles, nous n'avons pas ajouté une technique à une autre, nous avons construit un puissant système où toutes les techniques sont très solidement inter-dépendantes les unes avec les autres, un système qui s'auto- accroît et qui colonise tout sur son passage. C'est un système universel qui s'impose partout dans le monde.

Sans système technicien, il n'y aurait jamais eu de mondialisation. Sans l'universalisme débridé de la science appliquée à absolument tous les pans de notre société, ( les technosciences ont investi l'ensemble de tous les champs de l'activité humaine ; l'économie, la génétique, la guerre, la mobilité, la psychologie, la pédagogie...) avec tout ce que cela a généré et reproduit en des milliards d'exemplaires, le monde n'aurait jamais été confronté à d'aussi terribles menaces et périls écologiques planétaires.

Restent ceux qui de plus en plus nombreux voudraient donner une dimension de spiritualité -bien généralement humaniste- à l'affaire. Je voudrais dire à ceux-là qu'ils se rassurent. Le mouvement religieux est en marche. Il est tellement bien en marche qu'un des précurseurs de l'écologie très connu du monde protestant (précurseur qui a été écarté ensuite et notamment à cause de ses alertes réitérées contre l'émergence du Djihad) ) disait en 1975 : « le monde sera religieux et ne sera pas ».

Ce "prophète" (celui qui "pré-vient" et non pas celui qui "prédit" comme on le dit couramment !) a vu venir ce phénomène car il a discerné  les "puissances" qui étaient à l’œuvre au cœur de cette société technicienne, mais lui, il n'a pas fait de ces puissances un "petit paquet à part", il n'en a pas fait un supplément à ajouter ou à soustraire, il a rigoureusement analysé le système dans son ensemble et en a tiré les conséquences pratiques. D'où son engagement précurseur au service de l'écologie.

Il avait déjà vu -il est vrai- le mysticisme nazi monter dans les années 30 et contrairement à beaucoup d'intellectuels et d'élites françaises revenant enthousiastes de l’Allemagne en pleine révolution nationale-socialiste, il ne s'est pas réjoui de cette flamme révolutionnaire portée par cet élan mystique. (flamme révolutionnaire largement anti-bourgeoise : Hitler estimait que la grande bourgeoisie d'affaires « ne connaissait rien d'autre que les profits » )

Et c'est bien le même homme qui a écrit -entre 1948 et 1950- un livre dont le titre même a été contesté : « La technique ou l'enjeu du siècle », livre placardisé par les éditeurs français et ignoré dans les universités françaises !  "Surtout ne lisez pas certains livres au cas où vous verriez clairement quels sont les réels enjeux de la société contemporaine... ! "

« Mais qui pourrait bien s'intéresser à un livre pareil ? »  Telle est la question qu'un éditeur bienveillant avait posé à l'auteur qui présentait son manuscrit de « La Technique et l'enjeu du siècle » en 1965. Ce livre est paru en France en 1954 dans une collection universitaire à faible tirage et a très vite été épuisé. Jamais réédité sauf en édition pirate début 1970 (voir note en PS*), objet du dédain manifeste de l’intelligentsia française qui n'ose à peine le citer 60 ans après.... par contre, l'étude de ce livre est requis pour l'entrée dans les universités américaines.... Au début des années soixante, enthousiasmé, Aldous Huxley (l'auteur du Meilleur des mondes), fit traduire et publier aux États-Unis ce maître-livre ; La technique ou l'enjeu du siècle. En 1993, un an avant sa mort, Yvan Illich lui rend hommage : « Ainsi puis-je exprimer ma gratitude envers un maître à qui je dois une orientation qui a infléchi de façon décisive mon chemin depuis quarante ans. »

Un autre livre l'« Éthique de la sainteté » qui bien qu'annoncé publiquement par l'auteur lors d'une émission télévisée diffusée en septembre 1992 n'est jamais paru, ce qui a privé l'Église et le monde d'un des plus sûr fondement de l'Éthique contemporaine (voir PS**)

Je donnerai un nom, qui m'apparaît au plus au point symbolique. C'est quelqu'un qui a volontairement voulu vivre reclus alors qu'il est reconnu comme le plus grand mathématicien du XXème siècle." Alexandre Grothendieck, le plus grand mathématicien du XXe siècle, est mort "titrait Le Monde du 14 Novembre 2014. Mais qui donc s'est intéressé à ce génie scientifique et à cet écologiste avant l'heure ? Alors qu'il se dissociait radicalement de tous ses collègues de l'Institut des Hautes Études Scientifiques refusant d'être financé par l'armée -avide d'exploiter les dernières découvertes- il créa en 1970 un mouvement appelé : « Survivre et vivre »...   Qui a repris les cours qu'il donnait en 1970 sur « la crise écologique » ... ?

La mort d'Alexandre Grothendieck, est passée presque inaperçue.

Bien sûr, toute voix humaine se tait ou se taira un jour. Mais rien n'est plus évocateur que le silence et le désert qui entourent ces grandes pensées clairvoyantes et précurseures. L'attitude la plus manifeste de ce monde, c'est de se cacher les yeux pour ne pas voir le mur arriver, au cas où le chaos pourrait être évité, au cas où il serait encore temps de changer de cap.

2) « on n'arrête pas le progrès »

« Néanmoins, depuis environ une année, j’ai commencé à prendre conscience progressivement de l’urgence d’un certain nombre de problèmes, et depuis fin juillet 1970 je consacre la plus grande partie de mon temps en militant pour le mouvement Survivre, fondé en juillet à Montréal. Son but est la lutte pour la survie de l’espèce humaine, et même de la vie tout court, menacée par le déséquilibre écologique croissant causé par une utilisation indiscriminée de la science et de la technologie et par des mécanismes sociaux suicidaires, et menacée également par des conflits militaires liés à la prolifération des appareils militaires et des industries d’armement. » (Grotendieck)

Alors qu'il posait la vraie question de notre survie face à la techno-science, force est de constater que son combat a échoué dans le cachot de l'histoire. Presque 50 ans se sont passés sans que nous mesurions l'importance de cette crise écologique. Maintenant, c'est tout à fait l'inverse !

Nul jour ne se passe sans que nous n'entendions des nouvelles apocalyptiques sur le climat, le détournement du gulf stream, la fonte de la banquise, la montée des eaux, l'extinction des espèces vivantes notamment marines, la raréfaction de l'eau y compris sous nos climats, puis, sur toutes les maladies liées aux pesticides et à tous les produits chimiques de l'industrie agro-alimentaire, aux perturbateurs endocriniens, aux organismes génétiquement modifiés, ...., à l'air irrespirable de nos villes.... et je passe sur les bio-technologies, la robotisation de l'homme, le trans-humanisme etc... J'arrête ici l'énumération impressionnante de tous les périls auxquels nous sommes désormais confrontés et qui nous laissent à penser que l'avenir pourrait s'avérer sans issue.

Nous sommes arrivés au terme d'une progression qui allait de soi et qui consistait à entériner une si belle évidence : « On n'arrête pas le progrès ! ». Cette idéologie a été parfaite pour justifier toutes les avancées techniques dont nous ne pouvions "que" bénéficier.

Bien sûr, il y eût certaines difficultés liées à la lenteur de l'adaptation de l'homme, d'autant que le progrès ne cessait d'avancer de plus en plus vite. On comprit bien vite que nous étions dépassés par le progrès. L'efficacité de l'ordinateur dépassait et de loin nos capacités humaines. Puis vînt le moment où l'homme fut supplanté, sa présence au sein d'entreprise automatisée devenait juste un supplétif à l'automatisation généralisée. Puis les rôles se sont même inversés. L'homme est désormais aux ordres de la machine. C'est elle qui règle l'essentiel de tous les process de production et qui a pris la main sur nos vies, par le biais d'outils ou de systèmes « intelligents »....

Nos vies sont régies par des mécanismes très élaborées d'adaptation à ce nouvel univers technicisé. L'aboutissement étant que l'homme devienne un homme « augmenté », grâce par exemple à des puces capables de multiplier toutes nos capacités physiologiques et vitales.

Dans tout cela, "rien" concernant la capacité d'"être". Celle-ci est considérée comme parfaitement vaine et superflue. Le Faire a dorénavant supplanté l'Être, rien ne compte davantage que la puissance des moyens mis en œuvre. « L'être » est en voie d'anéantissement .

Effectivement, « on n'arrête pas le progrès », et comme nous n'en limitons pas sa course, sa puissance se déverse sans compter, aveugle et insensible, broyant « l'être vivant » sur son passage. C'est désormais la fin de l'idéologie du progrès: les périls, jusqu'ici cachés, supplantent et de loin tous les bienfaits que nous a fait connaître le Progrès.

3) l'heure des comptes est arrivée


Ah ! si nous avions réellement distingué et « connu » le « Bien » et le « Mal », nous n'aurions pas accordés autant de crédit aux progrès "miraculeux" dont nous a fait bénéficier ce monde technique. Nous aurions compris que bienfaits et méfaits sont l'avers et le revers d'une seule et même pièce. Nous nous sommes laissés dominer par ce nouveau dieu qui nous demande aujourd'hui son tribut.

Oui, il s'agit bien de cela. Nous avons un tribut à payer ;
notre vie est aliénée et désormais menacée ; l'heure des comptes est arrivée.

À déverser des milliard de tonnes de CO2 dans l'atmosphère et voici que la machine est déréglée. À répandre des pesticides sur toutes les terres..... à dilapider nos ressources en eau...... à ignorer les dangers du nucléaire et sa dissémination...... à nous "armer" de tant de moyens techniques redoutables autant qu' "intelligents".....nous anéantissons la planète. Maintenant tout le monde le sait. Tout le monde sait que nous vivons dans un monde « fini » et non pas « infini » Que notre croissance ne peut en aucun cas être « indéfinie ». Notre finitude est d'autant plus visible que la chaîne du vivant est rompue. La disparition du vivant s'affiche désormais à la vitrine de tous nos médias.

Nous nous sommes crus capables de créer nous-mêmes " un univers plus performant " , un monde de "progrès indéfini" ; un monde "sur-naturel "en quelque sorte, car nous pensions le progrès univoque et illimité. Les périls écologiques et tous ceux qui vont avec, ont brisé le « mythe » du Progrès qui fait illusion depuis l'avènement de notre ère technique. En deux cent ans, nous aurons mis en péril non seulement la planète mais aussi la vie sur la Terre.

4) Le Fléau, rupture et salut


Les « fléaux » sont avant tout des « calamités ». Elles nous sont contés dans la Bible au travers de péripéties qui nous semblent particulièrement grotesques. Ce qui est pour le moins surprenant, c'est que ce sont des évènements concrets qui se déroulent sur notre terre, des famines, des invasions de criquets...mais ces évènements ont manifestement une forte connotation symbolique et spirituelle. Schématiquement Pharaon refuse de laisser partir un petit groupe d'esclaves, les Hébreux, et alors, l'Egypte est le théâtre d'évènements "concrets" (dans le récit!) , comme je le disais, destinés visiblement à mettre en péril Pharaon et tout le pays sur lequel il règne, tel un dieu. Il s'agit donc visiblement de contester radicalement la Toute-Puissance d'un Pharaon, d'un dieu-vivant et d'un Empire au plus haut sommet de la civilisation.

Ce qui est visé, c'est la toute puissance de Pharaon et de l'Empire dont il est le Maître absolu.
Et la raison d'être de ces fléaux, c'est -nous dit-on- de libérer un tout petit peuple d'étrangers, esclaves de surcroît.

Et la puissance qui combat Pharaon, c'est la puissance d'un dieu qui inter-vient sur la Terre au bénéfice de ces étrangers esclaves. Ce dieu se présente d'ailleurs à ce peuple en lui rappelant constamment (dans la bible, bien sûr) qu'il est « celui qui les a fait sortir de l'esclavage ».

Là encore cet événement nous est concrètement rapporté, mais, au-delà des images, nous ne pouvons nous empêcher de considérer cette « manifestation » comme la " révélation" ( au sens photographique du terme) de « qui » est Celui qui combat Pharaon ? et de « quel est son dessein ? ». Nous ne retenons souvent que l'image spectaculaire de cette sortie d'Egypte, mais il est bien évident que ces textes n'ont pas été écrits pour cela.

Dès lors, pourrions-nous être aujourd'hui confrontés à des fléaux ? Est-ce que les périls écologiques qui nous accablent aujourd'hui auraient un « sens » caché à nous révéler ? Et si oui, quelle serait la Puissance qui serait visée ? Je laisserai à chacun le soin de rechercher (ou non) un sens à tous ces évènements.

Mais là encore, nous ne pouvons raisonnablement pas exclure l'effet curatif de ces calamités désastreuses. Il est des épreuves par lesquelles nous "passons" tous et qui sont nécessaires à un bon rétablissement de la santé du corps et de l'âme. Le cancer qui s'est approprié notre corps ou notre esprit ( l'Esprit de puissance par exemple) doit être extirpé, au prix parfois de bien des souffrances.

Je ne compare pas Pharaon et l'Egypte à un cancer, mais c'est bien ainsi que fonctionnent les fléaux : outre la dévastation de l'Egypte, il y a amputation d'une puissance prédatrice qui exerce l'esclavage. L'esclavage étant la tumeur cancéreuse dont cette puissance se nourrit.

Il ne faut pas croire que la bible ne nous parle que de rocambolesques histoires divines. Pour le moins, elle nous parle du rapport que l'homme entretient avec des puissances. Pour nous, aujourd'hui, -l'"État "par exemple- est une de ces "puissances", mais l'"Argent" aussi bien sûr !

Aussi pouvons-nous faire un parallèle avec ces signes visibles que sont les périls écologiques. Dès lors, s'agit-il uniquement d'essayer de réduire les « effets » de ces périls ? Ne s'agit-il pas plutôt de comprendre quel est le « carburant » qui les alimentent, au sens propre et au sens figuré, en d'autres termes, quels rapports entretenons-nous avec les puissances qui sont à l’œuvre aujourd'hui ? Quelle place accordons-nous à l'Esprit de puissance qui exalte nos vies et celles de toutes les nations ? Et quelles sont les conséquences de l'incarnation de telles puissances ?

Aussi, tous les fléaux peuvent-ils être tout simplement expliqués au nom de principes « naturels ». Il n'y a pas besoin d'un dieu pour enclencher n'importe quelle sécheresse, famine, guerre, catastrophe nucléaire... etc.  Mais toute puissance qui entend monnayer l'être humain, l'avilir, l'exploiter outrageusement ; toute puissance qui fait régner l'injustice, sème la discorde, la destruction et la mort sera combattue et au final anéantie..... nous dit la Bible.

Mais depuis l'écriture de la Genèse à aujourd'hui, il y a eu un bouleversement qui n'a pas d'égal.
Toutes les puissances ont été vaincues, même la toute dernière : la mort. Ce sont les chrétiens qui ont réalisé la portée de ce mystère au moment de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ.


« il a dépouillé les Autorités et les Pouvoirs, il les a publiquement livrés en spectacle, il les a traînés dans le cortège triomphal de la croix.  » nous dit Paul en Co. 2, 15

Toutes ces puissances ne peuvent plus rien contre nous, car la Grâce de Dieu s'est manifestée en Jésus-Christ . "Il a fait une brèche dans le cercle de la mort, brèche par laquelle il s'est échappé du séjour des morts", (dans l'Enfer de la Divine Comédie de Dante) ; le cercle de la mort est brisé.

Mais tout cela n'enlève rien au caractère terrifiant de tous ces périls. Ce n'est pas parce toutes ces puissances sont définitivement vaincues qu'elles n'exercent pas leurs œuvres de division, de destruction et de mort. Sachons bien qu' Elles sont et resteront des puissances avant-dernières, pas des puissances dernières.

Le dernier mot, c'est la vie qui l'aura. C'est cela la bonne nouvelle de l’Évangile. Et c'est bien à partir de cet « Évangile » (qui veut dire « bonne nouvelle ») et de la confiance que nous accordons à la vérité de ces témoignages que nous vivrons nous-mêmes dans la confiance.

Dès lors, la vie a un sens et derrière les fléaux, comme derrière nos épreuves, la Confiance et l'Espérance se dresseront car la vie triomphera.

« La femme, lorsqu'elle enfante, éprouve de la tristesse, parce que son heure est venue; mais, lorsqu'elle a donné le jour à l'enfant, elle ne se souvient plus de la souffrance, à cause de la joie qu'elle a de ce qu'un homme est né dans le monde » (Jn 16, 21) . «toute la création jusqu'à ce jour gémit en travail d'enfantement» (Rm 8, 22)

Je m'adresserai au final plus particulièrement aux Chrétiens. Être chrétien, c'est vivre pleinement l'Espérance. Si Jésus a bien été présent au moment de la tempête sur la mer de Galilée, pourquoi ne serait-il pas présent à nos côtés, au moment où les périls nous assaillent de toute part ?

Alors résistons, car en vérité, « Exister, c'est résister »
Notre "ex-sistence" est liée à "ce qui siège hors de nous".
La Puissance de vie demeure à nos côtés, elle seule est notre Espérance.

Christian Moreau

Beaulieu sous Parthenay Pâques 2017

PS *

(Note parue sur Bible et Création le 19 Juillet 2012)

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PS : J’ai découvert J. Ellul au début des années 70 lors d’une édition pirate de son livre "la Technique ou l’enjeu du siècle". J. Ellul avait confié le manuscrit à son ami Jean Coulardeau, car aucun éditeur ne voulait en assurer la réédition ! Deux autres livres, eux, ne sont jamais parus. "Éthique de la sainteté" devait paraître à titre posthume conformément aux vœux exprimés publiquement par J. Ellul. Pendant 20 ans j’ai cherché, interrogé. J’ai découvert ceux qui ont lu ce manuscrit et sa transcription dactylographiée. Mais le terrain était miné.

Tout le monde se désintéressait de l’affaire et se disait parfaitement ignorant de ce que je racontais ! Je sais que dans certains pays, on fait disparaître ou on détruit des manuscrits au grand dam de tous nos chercheurs et intellectuels occidentaux... Depuis, j’ai compris qu’ici, personne ne s’offusque de modifications faites sur des manuscrits comme ceux de Jacques Ellul, personne ne dit mot, mais tout le monde se gargarise de la pensée d’un homme qui est parti sans avoir pu faire respecter son œuvre…

« Ce livre, tu ne le verras jamais » m’avait confié Jean Coulardeau, il y a une quinzaine d’années. Jean Coulardeau n’est pas homme d’Église, mais c’est quelqu’un qui m’a montré comment lutter par le moyen de la vérité. L’important m’a-t-il appris c’est que ce soit la vérité qui l’emporte...... J. Ellul rapporte le combat de son ami, en exemple, dans son livre Anarchie et Christianisme...

Quarante ans (chiffre symbolique s’il en est !) après "La technique et l’enjeu du siècle", nous avons préparé l’édition du livre "Technique et théologie" jamais paru lui non plus. Nous l’avons remis à la famille. …

Comme disait J. Ellul –de façon prémonitoire ?- après avoir présenté son livre : "Éthique de la sainteté" « Dieu fera ce qu’il entend de mon œuvre ». Quant à Jean Coulardeau, il dit –à mes yeux- à peu près la même chose ; toujours se battre avec la force de la vérité, c’est la Vérité notre force, un jour, Elle l’emportera.

PS** 

(émission Présence Protestante diffusée en septembre 1992)

Jacques Ellul « Je dois dire que pour ce qui est de l'avenir, je ne suis pas très préoccupé ; je m'en remets au Père éternel. S'il veut que cette écriture continue à avoir de l'influence et à être lue et reçue, ça sera ainsi. S'il laisse tomber ce que j'ai fait, ça sera aussi ainsi. Olivier Abel : « Et vous avez écrit combien de livres ? » Jacques Ellul « J'ai écrit 33 livres. Je laisse toute une éthique de la sainteté, il y a 1000 pages qui sont dans un coffre » …...........