Mépriser la Nature, c’est mépriser la Création, c’est une offense à l’Esprit qui habite en nous.



Chers Frères et sœurs en Christ,

je vous invite à la méditation sur les textes de ce jour : Actes 7 (54-60) Jean 17 (20-26) Apocalypse 22 (12-20)

Ces textes, il est vrai, ne sont pas en lien direct avec la crise écologique que nous vivons aujourd’hui. Pourtant nous avons prévu, et plus particulièrement cette après-midi, de réfléchir au thème synodal qui s’intitule « Écologie, quelle(s) conversion(s) ?

Et c’est bien évidemment cette question qui va nous préoccuper davantage ce matin. Vous avez entendu comme moi les paroles d’Étienne face au conseil supérieur du Sanhédrin : « Hommes rétifs, incirconcis de cœur et d'oreilles, vous vous opposez toujours à l'Esprit saint » Et ce jugement-là que nous retrouvons aussi dans la bouche des prophètes et de Jésus, n’est-il pas un avertissement qui nous est lancé ? Mais, nous y reviendrons tout à l’heure et nous méditerons sur ce passage du Livre des « Actes » des Apôtres écrit par Jean l’un des Évangélistes.

Comme vous le savez, bien sûr, nous vivons une crise écologique sans précédent. Les scientifiques s’accordent pour dire qu’il s’agit de la 6ième extinction d’espèces vivantes sur la terre. Certes, vous ne retrouverez pas de textes bibliques strictement correspondant à ces évènements, puisque les contemporains du peuple juif d’alors, ainsi que les premiers chrétiens n’y ont pas été confrontés.

La découverte de ces extinctions est le fruit de recherches scientifiques, archéologiques et paléontologiques récentes. Toutes ces découvertes concernent des temps extrêmement reculés, des temps où l’homme n’existait pas encore. Aucun homme n’a donc vécu cette situation avant nous.

J’insiste sur cette question, car l’extinction la plus récente date de 50 Millions d’années, alors que l’homme est apparu il y a tout juste 300 000 ans, - ces connaissances sont donc hors champ de toute vie humaine. "Nous pourrions alors penser que nous surpassons tous ceux qui nous ont précédés. Nous sommes armés de « savoirs » qu’aucun autre homme ne possédait avant nous". Certes, et c’est bien le cas.

Mais le problème, c’est que ce savoir ne nous est d’aucun secours quand il s’agit de trouver le moyen de nous remettre radicalement en question face à ces terribles évènements.

Au lieu d’évènements, j’allais dire « fléaux », et sûrement en sont-ils quand on constate le désespoir croissant de tous nos contemporains face à toutes ces catastrophes annoncées.

Alors, quel message les chrétiens ont-ils à délivrer face à une telle situation ?

La Bible n’est absolument pas un livre de recettes où nous pourrions trouver une réponse venue "d’en haut" aux problèmes écologiques que nous vivons aujourd’hui ! Ce serait s’illusionner que de penser cela.

Il s’agit en fait d’avoir une attitude inverse à celle qui consiste à aller chercher dans la Bible, la réponse aux problèmes qui nous assaillent.

Il s’agit d’abord de se laisser interroger par la parole contenue dans la bible, ce qui est bien différent.

Et vous connaissez toutes et tous, ces questions brûlantes qui traversent de part en part le livre de la bible. Question à Adam « Pourquoi te caches-tu ? » Question à Caïn « Qu’as-tu fait de ton frère ? » question à Saul « pourquoi me persécutes-tu ? Question à Pierre : « Pierre, m’aimes-tu ? » et cette question brulante, Jésus la lui pose 3 fois, avec une insistance « absolue » pourrait-on dire. Donc, le premier mouvement de la conversion, c’est l’écoute de cette parole. Alors, oui, ces paroles expriment souvent beaucoup de fermeté, beaucoup d’exigence, parfois même de l’intransigeance, mais c’est la seule parole capable de combler le cœur de l’homme. Et cette parole n’atteint l’homme que par le moyen de la Foi.

Alors, voyons ce que les textes du jour ont à nous dire. C’est cela se mettre à l’écoute de l’Esprit Saint. Ensuite viendra le temps de se demander ce que cela change dans ma vie, aujourd’hui et notamment compte tenu des périls qui nous menacent. Faire l’inverse, c’est prendre le risque de faire dire à la bible ce qu’on voudrait bien qu’elle nous dise.

Alors, voyons ce 1er récit qui nous relate la mort d’Étienne ;

Je vous lis le chef d’accusation :

« Cet homme ne cesse de proférer des paroles contre ce lieu (le Temple) et contre la loi ; car nous l'avons entendu dire que Jésus, ce nazoréen, détruirait ce lieu et changerait les coutumes que Moïse nous a transmises. »

et je vous lis aussi, une petite partie de la réponse d’Étienne à ses accusateurs : Étienne devant le Sanhédrin reprend les paroles du prophète Isaïe,

(c’est Dieu qui parle) « Le ciel est mon trône, et la terre mon marchepied. Quelle maison me construirez-vous, dit le Seigneur, quel sera le lieu de mon repos ? N'est-ce pas ma main qui a fait tout cela ? »

et Étienne ajoute à l’adresse du conseil supérieur, cette dure parole de Jugement, alors que c’est lui qui est jugé ! : « Hommes rétifs, incirconcis de cœur et d'oreilles, vous vous opposez toujours à l'Esprit saint, vous comme vos pères….» (Actes 7 49-51)

Ce seul passage doit nous alerter sur « toutes » « nos » constructions, qu’elles soient matérielles ou spirituelles. Dieu ne se retrouve pas dans toutes ces constructions qui lui sont dédiées. « Quelle maison me construirez-vous, dit le Seigneur quel sera le lieu de mon repos ? N'est-ce pas "ma" main qui a fait tout cela ?  »

Si je comprends bien, il nous est demandé de ne pas dénaturer, de ne pas pervertir ce qui émane du créateur. Alors, concernant l’écologie, il s’agira humblement de respecter, d’entretenir et de protéger la Nature comme étant un bien émanant du Créateur, et de lui seul.

Ne prétendons pas Le remplacer ou outrepasser à Sa Volonté, car alors tout va à la catastrophe.

Mais revenons à Étienne, que nous dit-il d’autre ? Il nous dit : « Je vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu ! » Qu’il est grand ce message « Je vois les cieux ouverts » Et oui, rappelez-vous, dans le livre de la Genèse le moment où « les Cieux se ferment »

« Après avoir chassé l'homme, (Dieu) posta, à l'est du jardin d’Éden, les keroubim et l'épée flamboyante qui tournoie, pour garder le chemin de l'arbre de la vie. » (Gn 3. 24) L’homme n’a plus accès au jardin et aux fruits de l’arbre de vie. Là, c’est tout le contraire, Étienne voit les portes du Ciel s’ouvrir, l’accès n’est plus tenu par les keroubim ; ces redoutables défenseurs du lieu. Quelque chose a changé, et si je lis la suite du verset, je comprends ce qui a changé : « Je vois –nous dit-il - le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu ! »

Étienne annonce que l’accès aux Cieux est de nouveau ouvert à l’homme. Nous savons tous que le fils de l’Homme, c’est Jésus-Christ. La droite de Dieu c’est, pour résumer, l’action puissante de Dieu comme ce fut le cas - par exemple- lors de la sortie d’Égypte. « Tu as fait sortir du pays d’Égypte ton peuple d'Israël, d’une main forte et d’un bras étendu » lit-on dans le Psaume 136. Et à la droite de Dieu se trouve désormais Jésus-Christ. Jésus-Christ est l’artisan de notre réconciliation avec Dieu, c’est par lui que cette nouvelle alliance a été conclue avec les hommes de toutes nations, et pas seulement avec le peuple juif.

Poursuivons avec ce texte des Actes des Apôtres, où nous voyons apparaître un dénommé Saul. Il est précisé que les témoins qui sont ceux qui exécutent cette lapidation déposent les vêtements aux pieds de Saul. Nous savons tous ici qui est Saul, c’est un persécuteur acharné des Chrétiens, Saul nous précise le texte se réjouissait de la mort d’Étienne. Et pourtant, un jour, il a reçu cet appel : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » Derrière Étienne, il y a Jésus persécuté : « À chaque fois que tu persécutes le moindre de mes frères, c’est moi que tu persécutes. » Voilà le début de la conversion de celui qui deviendra Paul.

Voilà quelle est la « transformation radicale » qui s’est opéré dans cet homme et à l’origine de cette « transformation radicale » il y a cette question qui lui est personnellement adressée « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » Cette parole aurait pu ne pas aboutir : il n’y a aucune « fatalité » en ce domaine car dans la Bible, tout s’oppose au « destin ».

Notre sort est écrit nulle part. C’est à nous de répondre, de refuser, ou d’ignorer la question qui nous est posée : « Comment traites-tu la Création que je t’ai confiée ? »

C’est à nous de répondre, Dieu ne le fera pas à notre place, c’est à nous de nous inscrire dans le plan de Dieu.

Alors direz-vous, quel est-il ce plan ? Mais ce plan, ne reposerait-il pas sur un homme qui a vécu en tout, comme nous ; Écoutons la demande de Philippe disciple de Jésus dans l’Évangile de Jean : « Philippe lui dit : Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. Jésus lui dit : Il y a si longtemps que je suis avec vous (avec nous !) et tu ne me connais pas, Philippe ? Celui qui m'a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire, toi : « Montre-nous le Père ! » Jean 14. 8-9 Nous ne connaîtrons jamais le sens donné par Dieu à notre Humanité. Nous n’aurons jamais le plan de Dieu, mais nous pouvons nous y inscrire grâce à un homme qui a vécu, comme nous, mais qui a fait en tout la volonté de Dieu ! Voilà notre plan de marche.

Revenons-en encore à Étienne, « Tandis qu'ils le lapidaient, Étienne priait en disant : Seigneur Jésus, reçois mon esprit ! » Étienne remet son Esprit à Jésus, son Seigneur. Étienne reconnaît en Jésus, l’ « être » grâce auquel les Cieux se sont ouverts. Désormais, le Saint Esprit habite en nous nous dit Paul

Cet Esprit est présent en tout homme, qu’il le veuille ou non, qu’il le sache ou non, et cet Esprit, lui, il ne meurt pas.

Tel est le sens de la Parole d’Étienne. L’Esprit qui habite Étienne est marqué par ces dernières paroles inspirées par l’Amour « Seigneur, ne les charge pas de ce péché ! » Étienne fait appel une dernière fois à l’Amour de Dieu. Il concrétise, à la suite de Jésus l’amour porté aux prochains, ainsi qu’aux ennemis.

Et cet amour, c’est le reflet de l’Esprit qui est en lui, qui habite en lui et qui nous vient de Dieu lui-même. C’est un témoignage fidèle et authentique de la reconnaissance de l’Amour de Dieu

Et si Dieu est Amour, et qu’il vit en nous par son Esprit, à nous d’aimer à son image, tous nos frères humains, bien sûr, mais aussi bien au-delà, tout ce qu’il a créé. Et bien sûr qu’il s’agit aussi d’aimer la Nature. Mépriser et porter atteinte à l’écologie, c’est mépriser et détruire ce qui a été créé par amour. C’est une atteinte inaltérable à l’Esprit qui habite en nous.

Sachez-le nous dit Paul ; « n’attristez pas l’Esprit qui est en vous » (Éphésiens 4.30) « vos corps sont le Temple du Saint Esprit qui est en vous » (1 Co 6:19)

Oui, nous engageons Dieu dans notre aventure, et cela ce n’est pas quelque chose d’anodin. L’Esprit est marqué de ce que nous faisons. Et c’est au nom de l’Amour que nous agissons en tant que Chrétiens, ou plutôt que nous devrions agir en tant que chrétiens.

Jean, dans le 2nd texte de ce Dimanche nous le rappelle fortement. « Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux, comme moi en eux » (Jn 17. 26) La loi suprême et impérissable, c’est bien celle de l’Amour.

Et je terminerai sur la volonté de Dieu de « libérer l’homme de son désespoir et de sa nuit ». « Moi, Jésus,- lit-on dans le Livre de l’Apocalypse- j’ai envoyé mon ange pour vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. Je suis le rejeton et la lignée de David, l’étoile brillante du matin….. Oui, je viens bientôt »

« Quand l’étoile du matin est là, quand on la voit, on sait bien que la nuit est finie, qu’immanquablement, le processus du jour est en marche et que bientôt le soleil paraîtra» nous dit Jacques Ellul, auteur d’un livre sur l’Apocalypse, d’où sont tirées ces quelques lignes- « Mais la proximité du Seigneur « Je viens bientôt » qu’il s’agisse de proximité spirituelle ou temporelle, implique le double aspect de « Consolation-Espérance » et d’avertissement.

D’une part, ne soyez pas désespérés, tout est déjà gagné. D’autre part, dépêchez-vous -non pas de vous convertir ou de vous améliorer, cela, c’est la perspective d’un salut étroit, d’une visée individuelle et d’un moralisme, qui n’est pas la pensée de l’Apocalypse- mais dépêchez-vous d’accomplir votre œuvre ; s’il est vrai que le nouveau commencement est posé, dépêchez-vous de l’utiliser ; s’il est vrai que la récapitulation est proche, dépêchez-vous de faire l’œuvre offerte à Dieu qui entrera dans la sommation de l’histoire et sans laquelle la plénitude des temps ne peut être achevée. » * Apocalypse, architecture en mouvement. J. Ellul

L’étoile resplendissante du matin nous ouvre à la « Lumière », à la Parole de Dieu, à la Présence de Dieu. « Que celui qui a des oreilles entende », « Oui, je viens bientôt » nous dit Jésus, et le Témoin lui répond : « Viens Seigneur Jésus » C’est dans ce double mouvement que la réconciliation de l’homme avec son Dieu se concrétise dans nos vies, aujourd’hui sur la terre.

L’œuvre de Dieu sur la Terre a été faite, se fait et se fera par les hommes qui le servent. Heureux donc êtes-vous les artisans du Royaume Le Royaume des Cieux s’est approché : Il « vient à nous » aussi assurément que l’étoile du matin nous annonce le soleil.

Amen