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Les textes d’aujourd’hui ; celui d’Ésaïe* et celui de l’évangéliste Luc* nous annoncent tous les deux l’avènement de ce qu’on appelle dans la Bible : le « Salut ».

Le « Salut » c’est l’action qui consiste à sauver, dans le sens d’aider, d’assister, mais aussi de délivrer, de venir au secours, de secourir. Dans un 2nd sens, le mot hébreu veut aussi dire faire sortir, tirer du danger, délivrer, échapper à un danger. Le terme grec, lui, revêt davantage le sens de faire sortir sain et sauf, guérir. Au final, le Salut c’est la délivrance totale et définitive, c’est la libération concrète et effective de l’homme.

« Tournez-vous vers moi et soyez sauvés » vient-on de lire dans le livre d’Ésaïe.

Faut-il comprendre que cette Parole s’adresse d’abord au peuple d’Israël ? Et bien justement Non.

Même si c’est bien ce peuple qui a d’abord écrit ce livre qu’on appelle la Bible, cette parole s’adresse à tous ceux qui habitent sous le soleil, « jusqu’aux extrémités de la terre », nous dit le texte biblique.
Autrement dit, Dieu veut sauver tous les habitants de la terre.

À un moment où on n’entend plus parler que de sauver la planète, de lutter contre l’extinction de la biodiversité et de l’humanité, avouez que ce texte est parfaitement à propos ! Je ne dirai rien de cette fin du monde annoncée, sinon le fait que la Bible nous parle, elle, de la Fin des Temps, ce qui est tout autre chose. Néanmoins, ne sommes-nous pas frappés par ce que nous pourrions appeler l’absence de Dieu dans notre monde d’aujourd’hui ? L’absence de Celui qui seul se propose réellement de nous sauver.

Mais j’arrête là cette digression car j’anticipe sur la suite de cette prédication. Dieu veut sauver tous les habitants de la terre, disais-je, il n’y a visiblement pas de limites au Salut que Dieu accorde à toute l’humanité. Le fait de se tourner vers Dieu nous ouvre la voie du Salut. J’ai presque envie de dire, que rien n’empêchera Dieu de nous sauver.
Et la suite de ce texte indique aussi le sort qui nous attend et attend ceux qui s’opposent à lui :
« Tout genou fléchira devant moi, toute langue prêtera serment par moi. »
« Dans le SEIGNEUR seul, dira-t-on de moi, résident la justice et la force »
Nous nous attendions à un jugement rigoureux, à une peine sévère parfois même aux feux éternels pour les plus mauvais d’entre nous, et voilà que le Salut voulu par Dieu aboutit à notre transformation radicale, et non pas à la Mort comme on le raconte trop souvent.

Dans ce face à face, l’homme reconnait l’impasse dans laquelle il est, c'est-à-dire qu’il reconnaît qu’il est très très mal en point, sur le point de mourir, et le voici qu’il considère sa délivrance ;
il lève les yeux vers Son sauveur.
« C’est Moi, ton Dieu qui t’ai fait sortir de l’esclavage » lit-on dans le livre du Deutéronome, Jésus, quant à Lui, porte un nom hors du commun, puisque Yéchoua en Hébreu signifie « Dieu Sauve », « Dieu Délivre ».

Cependant, il ne faut pas faire d’erreurs concernant ce passage d’Ésaïe : Ne nous y trompons pas, "nous-mêmes" faisons partie de ceux qui sommes fâchés contre Dieu, c’est le terme utilisé dans le texte que nous avons lu. Certaines traduction vont plus loin et indiquent « ceux qui m’ont combattus », « ceux qui se sont opposés à moi ». En effet, nous le savons comme chrétiens, nombreux ont été ceux qui s’en sont pris à son Fils, et qui l’ont fait souffrir, pas seulement sur la Croix !

J’insiste, nous sommes tous, vous et moi fâchés contre Lui. Nous faisons barrage à son Royaume, sinon, si ce Royaume était là, cela se verrait, notre monde ne serait pas ce qu’il est, il ne se couvrirait pas de la chape de la Mort!

Nous avons tous fondamentalement besoins d’être secourus pour nous tourner vers Dieu, et nous convertir à la pure justice de Dieu, à la pure bonté de Dieu, à la pure miséricorde de Dieu, au pur Amour de Dieu pour nous.

Tant que nous ne vivons pas cette Foi en ce dieu-là, nous travestissons Dieu, nous le renions, nous le trahissons, nous nous détournons de lui.

Comme les disciples à Gethsémani, nous ne comprenons rien : nous nous endormons au moment même où Dieu en son Fils reste absolument seul pour porter le poids de nos injustices, de nos trahisons, de notre refus de vivre dans la lumière et l’Amour de Dieu, toute faute dont Il nous délivre et qu’Il porte à notre place dans Sa vie, sur la Croix et dans Son éternité.

Bien sûr, nous pouvons refuser d’être sauvé. Dieu n’impose pas son Amour et Sa Grâce. Mais ce qu’il nous faut bien comprendre, c’est que cet Amour et cette Grâce nous ouvrent à la liberté.

Nous pourrions dire, Dieu nous affranchit réellement, il nous libère réellement.

Écoutons Karl Barth dans une prédication prononcée en 1955 au pénitencier de Bâle, Reprenant l’épître aux Éphésiens, il nous dit en même temps qu’aux prisonniers de Bâle : « Vous êtes sauvés par grâce » (Ep. 2, 5).

Écoutons-le attentivement :

« Laissez-moi le dire ouvertement une bonne fois :

nous sommes tous de grands pécheurs.
Comprenez-moi bien : je le dis de moi autant que de vous. Des pécheurs sont des hommes qui, selon le jugement de Dieu et peut-être aussi de leur conscience, ont fait absolument fausse route, sont totalement égarés, non pas seulement un petit peu fautifs, mais entièrement coupables et perdus, pour le temps et l’éternité. Voilà les pécheurs que nous sommes.

Et nous sommes des prisonniers.
Croyez-moi, il existe une captivité pire que celle dont cette maison est le lieu, des murs plus épais, des portes plus fermées que celles derrière lesquelles vous êtes enfermés. Nous sommes tous, ceux de l’extérieur et vous ici, prisonniers de notre ressentiment, de nos divers désirs, de nos craintes multiples, de notre méfiance et, en fin de compte, de notre incrédulité.

Tous aussi nous sommes des souffrants.
Notre principale cause de souffrance est nous-mêmes, en notre propre vie, dont nous faisons pour nous et pour les autres une vie pénible. Nous souffrons du non-sens de notre vie. Nous souffrons à l’ombre de la mort et du jugement éternel au-devant duquel nous allons. C’est dans un monde de péché, de captivité et de souffrances que nous passons notre existence.

Et voici qu’au milieu de ces réalités tombe comme venant d’en haut la parole:
« Vous êtes sauvés par grâce ». Sauvés ; non seulement un peu réconfortés, consolés, et allégés, mais arrachés d’un feu comme un tison. Vous êtes sauvés ! Il n’est pas dit seulement ; vous serez peut-être sauvés un jour, du moins en partie. Non, vous êtes sauvés, entièrement, définitivement. Vous ? Oui, nous. Pas rien que certains hommes, plus pieux et meilleurs que nous ; non, nous, chacun et chacune de nous.

Il en est ainsi parce que Jésus-Christ est devenu Notre Frère, que par sa vie et sa mort, il est devenu notre Sauveur, qu’il a accompli notre délivrance. Il est, lui, la parole que Dieu nous adresse : « Par grâce vous êtes sauvés ».
(fin de l’extrait de la prédication de K. Barth au pénitencier de Bâle)

Alors ? Serions-nous perdus ? N’aurions-nous pas trouvé le bon chemin ? Et bien si tel est le cas, sachez-le, sachez-le bien, quelqu’un vous cherche.

Et quel est Celui qui nous cherche ? Et bien revenons-en à l’histoire de Zachée que nous trouvons dans l’Évangile de Luc :
« le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu »

Petite précision tout d’abord : Le Fils de l’homme c’est le titre que s’est donné Jésus à lui-même. De mémoire, ce titre est tiré du livre d’Ézéchiel et on le retrouve aussi dans le Livre de Daniel.

Remarquez une nouvelle fois, que c’est bien Jésus qui prend l’initiative d’appeler Zachée juché sur un Sycomore : « Zachée, descends vite ; il faut que je demeure aujourd'hui chez toi. » Et bien sûr, cet appel de Jésus déclenche immédiatement de sévères réprobations. « En voyant cela, tous maugréaient : Il est allé loger chez un pécheur ! » En effet, Zachée est collecteur d’impôts. Il est au service des romains qui occupent le pays. De plus, il est riche. Son métier lui rapporte beaucoup d’argent pris sur le dos des contribuables. Zachée est-il seulement fréquentable ? Et bien c’est chez Zachée que Jésus va demeurer.

Alors, nous dit le texte « Zachée tout joyeux, descendit vite pour le recevoir ».

Zachée était-il tout simplement joyeux d’offrir l’hospitalité à jésus, alors que la foule le réprouvait ? Peut-être, mais en fait, je crois que le texte exprime quelque chose de bien plus profond, car aussitôt après, l’évangéliste nous dit que

Zachée se tient debout devant Jésus et l'appelle Seigneur.

Se tenir "debout" devant Jésus, c’est être ferme, solide, c’est être un homme sans servilité, sans futilité, un homme digne de sa liberté.
Rappelez-vous l’exhortation de Jésus dans ce même évangile de Luc :
« Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que vos cœurs ne s’alourdissent dans l’ivresse, les beuveries et les soucis de la vie, et que le jour du jugement ne tombe sur vous à l’improviste, comme un filet ; car il s’abattra sur tous ceux qui se trouvent sur la face de la terre entière.
Mais restez éveillés dans une prière de tous les instants pour être jugés dignes d’échapper à tous ces événements à venir et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. » Luc 21, 31-36

Zachée est un homme "debout" devant Jésus. Et devant Jésus, il tire les conséquences de cette irruption de jésus dans sa vie. En bon fils d’Abraham, il s’engage à respecter la Loi, chère à tout juif pieux, mais il outrepasse cette Loi en donnant la moitié de ses biens aux pauvres, c'est-à-dire quelque chose d’exorbitant à nos yeux, et si il a extorqué quelqu’un, il lui rend le quadruple.

Zachée se tient debout, et il fait preuve de prodigalités.

Nous-mêmes, nous avons à nous tenir debout et à refléter, à notre manière, la bonté qui nous vient de Dieu. Voilà le message de ce texte de l’évangile : Soyons les émissaires de l’Amour de Dieu.

C’est cela annoncer le Royaume de Dieu dont Jésus est porteur.

Car, si Jésus ne s’est jamais arrogé d’autre titre que celui de Fils de l’Homme, il n’a jamais caché que Sa vie toute entière était tournée vers son Père : « Mon Père et Moi nous ne faisons qu’un » (Jn 10, 30)

Et c’est à ce titre que Jésus déclare : « Aujourd'hui le salut est venu pour cette maison » Jésus est venu tout aussi bien sauver tous les juifs, à l’image de Zachée qui prend conscience et perçoit l’irruption de ce royaume à venir et qui en tire concrètement les conséquences.
Ce n’est pas l’attitude de Zachée qui fait venir le royaume, c’est jésus qui par sa vie, par sa mort, nous a ouvert les portes du Royaume. Royaume qu’il faut appeler toujours et encore, sans se lasser.
Oui, c’est pour cela aussi qu’il faut prier.

Nous sommes seulement capables de " faire foi de ce royaume et de le prendre suffisamment au sérieux " pour le manifester, pour le révéler, non par nos seules forces, mais par Celui qui nous en donne la force : Notre Seigneur Jésus-Christ.
Oui, c’est lui seul, présent à nos côtés qui rend notre vie « juste », agréable à Dieu. Ce Dieu qui nous dispense en tout temps son Amour et Son Esprit.

Chers frères et sœurs, Que Dieu, notre Libérateur, notre Juste Juge, et notre Sauveur vous bénisse, car telle est Sa Promesse et telle est Sa Volonté pour nous et pour tous les êtres humains.

Amen