Chroniqueur : Dans un article paru cette semaine aux Etats-Unis, des scientifiques s’inquiètent de la manière dont Trump, s’il est réélu, interférera dans les rapports scientifiques sur le climat. Trump a en effet averti les dirigeants mondiaux de rejeter les « discours alarmistes » et ses alliés conservateurs prévoient d’intervenir dans la préparation d’un rapport pour remettre en question les conclusions des scientifiques.

PHARE FM : Comment comprendre qu’on entende des discours aussi contradictoires sur le climat ?

Chroniqueur : En effet, certaines personnes (dont je fais partie) disent que nous sommes face à une crise très grave qui menace notre existence et les autres qui rejettent le consensus scientifique sur le changement climatique et qui disent qu’il ne faut pas s’alarmer.

PHARE FM : Pour quelle raison ces divergences d’opinions selon vous ?

Chroniqueur : Pour pleins de raisons que je tâcherai de développer au cours des prochaines semaines. Je commencerai par celle-ci : le mécanisme de l’effet de serre, à l’origine du changement climatique, a été démontré par un scientifique français, Joseph Fourrier, il y presque 200 ans. Ses travaux ont été confortés par d’autres scientifiques après lui qui avaient compris que ce mécanisme entraînerait le réchauffement de la planète. La remise en cause des mécanismes physiques qui sous-tendent le réchauffement de la planète est quant à lui beaucoup plus récent.

PHARE FM : Quand est-ce que cette remise en cause est apparue ?

Chroniqueur : Elle est apparu à la fin des années 1980, quand les pétroliers et les fabricants de voitures ont compris que le réchauffement climatique allait remettre en cause leurs industries. Ils ont alors commencé à dépenser de fortes sommes d’argent pour « semer le doute » dans les esprits en adoptant une technique que les lobbies du tabac avaient déjà utilisée dans le passé. Plutôt que de complètement nier les dangers (ce qu’il devenait de plus en plus difficile à faire), les lobbies du tabac ont cherché à semer le doute sur la réalité de ce danger ; plutôt que de dire : « le tabac, c’est prouvé que ce n’est pas dangereux », il suffisait de dire « est-ce que c’est vraiment prouvé que c’est dangereux ? » pour que les gens continuent à fumer. Car quand on est « addict » à une substance, on trouve n’importe quel prétexte pour ne pas s’arrêter. Les pétroliers ont fait la même chose pour le réchauffement climatique. Car, en fait, et c’est là tout le problème : nous sommes collectivement addicts aux énergies fossiles.C’est pourquoi les lobbies qui dépensent des fortunes pour nous persuader que l’homme n’est pas responsable du changement climatique, n’ont pas beaucoup de mal à nous convaincre de douter de la science du climat. Parce qu’au fond, nous n’avons pas envie de changer.

PHARE FM : La vérité énoncée par les scientifiques du climat est profondément une vérité qui dérange alors ?

Chroniqueur : Oui, car même ceux – dont je fais partie – qui sont convaincus qu’il faut diminuer les émissions de CO2 sont ambivalents. Comme l’a montré une étude allemande publiée cette semaine, « S’attaquer à l’urgence climatique demande des citoyens des pays riches qu’ils réduisent rapidement l’utilisation de l’automobile, leur consommation de viande rouge ou leurs trajets en avion. Pourtant, la majorité des gens ne se sentent pas concernés et préfèrent tenir « les riches » pour responsables. » Voilà une étude qui démontre encore une fois qu’en matière de protection de l’environnement il est toujours plus facile de blâmer les « autres » (les riches, les « boomers », les Américains, les Chinois…) que de nous remettre en cause et de changer nos comportements.